Lorsque j'étais enfant, j'avais un carton plat, un peu plus grand mais moins haut qu'une boîte à chaussures, qui contenait tous mes trésors. Je le rangeais sur l'étagère du placard de la salle de jeux, à gauche sur la troisième étagère à côté du carton de mes soeurs, lorsque ma mère avait dit qu'il fallait débarrasser la table pour mettre le couvert. Mis à part ce placard dans le mur, la salle de jeux contenait trois lits de poupée, trois chaises hautes pour poupon, trois landaux, trois dînettes, deux ours et un éléphant géants en peluche (de la taille d'un enfant de six mois...), trois jeux de cubes, trois malettes à couture, un jeu de loto, trois tableaux, trois filets à papillons, un jeu de pétanque en plastique, trois seaux avec pelle, râteau et moules à sable, etc... En fait, ce n'était pas une salle de jeux, mais un "garage" à jouets d'où tous les jeudis et jours de vacances, mes soeurs et moi sortions tour à tour ce dont nous avions besoin pour jouer dehors la plupart du temps, dans la salle à manger quand il pleuvait.
Donc dans mon carton, je mettais les petites choses à ne pas perdre. Les poupons minuscules que l'on trouvait dans les surprises, les images que la maîtresse échangeaient contre cinq bons-points, ma trousse de la maison (celle pour l'école se trouvant en permanence dans mon cartable), un dé, des osselets, une ou deux balles en mousse lorsqu'elles n'étaient pas dans la poche de ma blouse d'école, des livres de coloriages, les papiers translucides de bonbons avec lesquels je regardais le monde en couleur, des découpages façon papier chinois, une boîte de perles, parfois un bonbon (mais il valait mieux le manger dès que ma mère me le donnait afin de ne pas me le faire voler par mes soeurs), du papier d'argent qui avait recouvert le chocolat, un tricotin confectionné par mon père avec une bobine de fil et quatre clous, les papiers colorés avec une bande argentée des papillottes de Noël, des bijoux de pacotille, etc. Tout ce qui brillait me plaisait !