jeudi 6 septembre 2007

Jardinage

06 09 2007

J’ai déjà parlé ici du jardin de mon père, autour de la maison habitée durant mes onze premières années. Essentiellement à destination nourricière, ce jardin comprenait cependant un grand espace réservé aux fleurs. Ces plantations se situaient aux endroits les plus visibles de la rue, dans le souci de donner un air pimpant à l’ensemble. Je me souviens principalement des alignements de tulipes et des touffes de dahlias.

Nous quittâmes cet endroit entre ma onzième et dix-huitième année pour vivre en ville puis mes parents firent construire une nouvelle maison et l’aménagement du jardin, réalisé entièrement par mon père, donna beaucoup de cachet à la propriété. Ayant quitté le milieu familial à 18 ans et demi, je profitai très peu de ce cadre. Ma mère, malade, ne le fréquentait que pour y ramasser fraises et framboises. Elle ne voulait pas voir ce que mon père entreprenait pour elle, dans l’espoir de la guérir de sa « dépression nerveuse ». Il finit par se lasser et ils retournèrent habiter en appartement, où l’ennui le taraudait.

Des années plus tard, un jour où je me trouvais avec eux, ma mère qui me prenait toujours à témoin pour faire des reproches à mon père, laissa fuser : «tu as toujours planté des dahlias alors que je les ai en horreur ». Nous restâmes, mon père et moi, muets de stupeur ! Elle n’aimait pas les dahlias mais ne l’avait jamais dit auparavant….Si je n’apprécie pas trop la variété « pompon », j’ai quelques beaux spécimens et suis navrée d’en avoir perdus d’autres que j’adorais et que je ne retrouve plus dans les catalogues. Chaque année cependant, au moment de leurs plantations, je repense à la réflexion de ma mère. Elle a passé tant d’années auprès de mon père sans jamais exprimer ses envies et faire de projets personnels autre que nous nourrir (cuisine, conserves, pâtisserie…), nous habiller (couture, tricot, souvent en quatre exemplaires…), nous élever (entre autre redire ce qu’on lui disait enfant pour nous apprendre la morale…). Pourtant, avec le recul et après sa mort, je serais bien en peine de dire qui manipulait qui dans ce couple.

Le jardin de mon grand-père était fort différent, les fleurs venaient encadrer les légumes en bordure. Car il se situait derrière la maison et le seul emplacement visible de la rue était consacré aux rosiers. Ma grand-mère, dont la fleur préférée était la marguerite, avait aussi une passion pour les roses. Elle demandait et mon grand-père plantait. Il lui semait des reines-marguerites et il y avait toujours un pied de cœur de Marie. Les promenades printanières du dimanche s’organisaient autour de la cueillette des fleurs sauvages de saison, dans des coins très spécifiques : celui des jonquilles, violettes, coucous, marguerites, perce-neiges (il s’agissait en fait de nivéoles - Leucojum vernum). Une fois le bouquet confectionné, mon grand-père nous conduisait à la pâtisserie la plus proche pour déguster un bon gâteau...

Dans le dernier jardin de mon grand-père, alors que j’étais déjà adulte, il y avait une partie attenante à la maison uniquement réservée aux fleurs et le jardin du bas, de l’autre côté de la rue, où il cultivait les légumes. Les carottes y venaient bien, je me souviens de spécimen énormes, alors que les miennes, cultivées à la mode bio, restaient très chétives : « Mais ton grand-père, "i" met une tonne d’engrais » me dit ma mère. Voilà donc le secret des grosses carottes !

Lorsque l’on enterra mon grand-père un matin du mois d’août, mon père apporta une brassée de fleurs cueillies aux rosiers patiemment entretenus pour ma grand-mère par cet homme qui, à près de 80 ans, regardait toujours sa femme en espérant deviner ce qui lui ferait plaisir.