mardi 9 octobre 2007

Coiffure d'enfance

09 10 2007

Les cheveux bouclés de ma sœur cadette faisaient l’admiration de tous. C’est pourquoi durant toute son enfance, on lui garda longs, agrémentés de barrettes et nœuds divers, alors que, tous les trois ou quatre mois, ceux de mes soeurs aînées et les miens étaient coupés courts à la garçonne. Mon père ayant des petits moyens, un collègue d’usine , le père G. qui avait appris la coiffure, venait un soir après le « souper » avec femme et enfant, pour la veillée. Tour à tour, mes sœurs et moi-même voyions tomber nos mèches, espoirs de futures anglaises… Mais non, voyons, nos cheveux étaient raides ! Inutile d’espérer autre chose que des baguettes de tambour, en les laissant pousser ! De plus, ma mère n’avait pas le temps de coiffer quatre longues chevelures chaque matin avant l’école. Le père G. ne nous mettait pas un bol sur la tête avant de faire cliqueter ses ciseaux autour de nos têtes, mais le résultat aurait pu le laisser croire… S’il s’était replié sur un travail à l’usine, je pense que son absence de disposition pour l’art de la coiffure n’y était pas étranger. Les émotions qui m’assaillaient à chaque coupe, me remuent encore.


COIFFURE TYPE "la coupe au bol"

Honte, d’être coiffée comme un garçon. Sentiment d’impuissance, de devoir me plier à la volonté de mes parents. Impression d’une injustice, d’avoir les cheveux raides et non pas ondulés comme ceux de ma sœur cadette.

A l’âge de 10 ans, cette pratique abusive cessa, en vue de la « communion solennelle » et du mariage d’une tante, évènements prévus l’année suivante. La frange et le port du bandeau restèrent cependant de rigueur pendant encore au moins 4 ans, de même qu'un raccourcissement de temps à autre.

Mes premières vraies « longueurs » atteignirent mes épaules à 15 ans, puis mes cheveux se mirent à onduler ! Pas autant que ceux de ma petite sœur, mais presque. Je les gardai longs une dizaine d’années. L’admiration qu’on leur portait dans mon cercle extrafamilial contribuât à me rendre la confiance en moi qu’une éducation peu bienfaisante pour les aspirations enfantines, s’était évertuée à détisser années après années.

dimanche 5 août 2007

Séjours de vacances

05 08 2007

Mes premières vacances eurent lieu quand j’avais, je crois, six ans. Mon père partit sur son solex et mon grand-père se chargea d’emmener le reste de la famille ainsi que les bagages, dans sa voiture : nous avions loué à la campagne, à environ trente cinq kilomètres de notre domicile, une vieille maison au bord du canal, où mon père pourrait aller pêcher. Une unique pièce meublée de trois grands lits très hauts, deux énormes armoires, une table et un évier. La cuisine se faisait sur le perron, au-dessus de l’escalier d’une dizaine de marches. Nous partions toujours pour trois à quatre semaines. Mon père allait de temps en temps arroser son jardin et il nous rapportait les légumes.

Quand mes parents ont acquis leur première voiture, je devais avoir sept ans. Nous avons continué pendant deux ans de partir ainsi à la campagne.

J’en garde de très bons souvenirs, d’autres moins bons.

Les croissants du dimanche matin, un demi par personne car mes parents avaient de petits moyens. L’installation des balances à écrevisse dans le canal, puis leur relevage et l’appréhension vaincue de se faire pincer les doigts en saisissant les prises. Les promenades à la nuit tombée, sous les étoiles, accrochée à la main rassurante de l’un de mes deux parents. Chaque fois que nous passions devant le pré du taureau, ma soeur cadette, âgée de trois ans, qui s’exclamait : « taureau métant » car nous lui avions lu une fois la pancarte suspendue à la barrière nous prévenant que l’animal n’était pas commode…

Mon père qui emmenait ses filles à la pêche chacune leur tour et qui hurlait quand elles accrochaient l’hameçon dans les branches ou qu’elles cassaient leur ligne. L’ennui quand j’avais terminé tous les livres. Les toilettes dans une cabane au-dessus d’un tonneau et leur odeur pestilentielle.

Après trois années de séjours à la campagne, mes parents trouvèrent que mes deux sœurs jumelles étaient vraiment trop pénibles et gâchaient les vacances de toute la famille. Il fut donc décidé de « nous » envoyer en colonie de vacances, puisque décidément, même si je me tenais tranquille, je faisais partie du lot comme si nous avions été trois enfants siamoises !

Prévenue un an à l’avance, j’espérais un miracle, car si mes aînées étaient enchantées de ce séjour dans les landes, pour ma part, je ne voulais pas quitter ma mère. Je me morfondis un an durant, sans résultat.

Nous partîmes donc par le train, pour un voyage interminable de Lyon à Bordeaux. Afin que les enfants « s’habituent » et prennent du poids, la durée de la colonie était de cinq semaines. A l’arrivée, je fus séparée de mes sœurs, qui avaient onze mois de plus que moi et se trouvaient donc dans une autre équipe, dans un bâtiment différent du mien.

Nous portions les vêtements de la colo, robe de cotonnade ou survêtement couleur « bleu de travail » tout déformé.

Je n’avais plus d’identité, je demeurai hébétée pendant plus d’une semaine, ne sachant plus où j’étais, ne faisant qu’obéir à la gentille monitrice qui nous répercutait les ordres d’un directeur un peu militaire. Pipi au lit lors de la première sieste, n’ayant pas dormi la nuit précédente dans le train. Discrétion de la monitrice pour changer le lit. Honte cependant de faire connaissance si vite avec la lingère…

Je commençais à m’habituer lorsque mes parents, qui campaient plus au nord avec ma sœur cadette, vinrent nous rendre visite… Je ne leur ai jamais pardonné de m’avoir abandonné cet été là. Je pense que ma détresse a dû leur apparaître car les étés suivants, il ne fut plus question de ce genre de séjour et les vacances redevinrent familiales.

La colonie partait en file indienne à la plage, au moins trois cents enfants derrière le directeur. Il y avait environ quatre kilomètres à parcourir dans les sentiers de sable sous les pins, pour atteindre l’océan. Je me languissais de revoir des prés avec des vaches.

Le dimanche matin, il y avait messe dans une clairière, le prêtre sur une estrade et des centaines de chaises autour de lui. De tous les sentiers qui convergeaient vers cette clairière, apparaissaient des files d’enfants. Le coin n’était peuplé que de colonies.

Je ramenai de cette expérience beaucoup de mélancolie mais aussi une amie qui portait le même prénom que moi, avec qui je correspondis pendant de nombreuses années.

lundi 16 juillet 2007

Souvenirs doux-amers

16 07 2007

Ma grand-mère maternelle s’appelait Blanche. En triant des papiers il y a quelques semaines, j’ai retrouvé son acte de décès et me suis rendue compte qu’elle se prénommait en réalité Marie Blanche. On lui disait "la Blanche". Pour moi, c’était mémé.

Je me plaisais chez elle où, avec mes deux sœurs aînées, nous étions souvent. Elle nous " gardait " quand ma mère allait " en ville" sur son solex.

Derrière la maison de ma grand-mère, un jardin tout en longueur : d’abord un coin de « cour » gravillonnée, avec une balançoire accrochée aux branches d’un prunier, puis une allée séparant en deux le potager de mon grand-père. Au bout de l’allée, un mur de rosiers rouges avec, sur le côté, une petite barrière, pratique pour aller trinquer chez le voisin de derrière. Mon grand-père avait installé dans ce fond de jardin un grand poulailler contigu à un enclos plus petit pour des pigeons et quelques tourterelles. Je ne me souviens plus s’il y avait des lapins, comme dans le jardin de mes parents. C’était une habitude prise pendant la guerre d’élever à la maison quelques volatiles afin de survivre aux grandes privations. Certaines années où les couvées en avance se trouvaient exposées aux dernières gelées, je me souviens du carton posé près de la cuisinière dans lequel pépiaient des petites boules jaunes que j’aimais bien prendre dans mes mains mais il fallait vite les reposer…Sentir leur tiédeur et leurs palpitations, leur fragilité, craindre de trop serrer ce poussin …Je ferme les yeux et revis cet instant.

Je me plaisais chez ma grand-mère et pourtant j’appréhendais son contact. Elle avait sa préférée, ma sœur D, qu’elle appelait justement son « petit poussin ». Préférée car on avait failli la perdre à l’âge de deux mois. Elle gardait une certaine faiblesse, des soins attentifs devaient lui être prodigués, le premier consistant à la protéger de ses sœurs, qui, lors des disputes ou bagarres, avaient pour ma grand-mère toujours tort, son petit poussin ne pouvant être qu’innocent.

Il y avait eu également des fessées reçues plus jeunes, pour des pipis au lit : j’avais trois ans, et je fus brusquement séparée de ma mère hospitalisée à deux reprises. La triade fut donc confiée à la « mémé », aidée de deux de ses filles qui vivaient avec elle. Le soir, mon père passait manger la soupe et repartait dormir à la maison. Personne ne semblait se rendre compte de la désespérance que me causa l’absence de ma mère. J’imagine pourtant que la petite fille que j’étais, habituellement rieuse, devint triste. Ma grand-mère m'effrayait, elle m’emportait sur les cabinets alors que je n’avais pas envie ou peur (ma mère me mettait peut-être encore sur le pot….). Dès que l’on m’avait montée dans la chambre de l’une de mes tantes pour me coucher dans mon petit lit, je me relâchais, la (sorcière) grand-mère redescendait dans sa cuisine.

Rapidement, je somnolais et le pipi retenu m’inondait d’une douce chaleur, souvenir de la béatitude que doivent ressentir les bébés….Mais un soir différent des autres, ma grand-mère, qui avait dû oublier je ne sais quoi (de me mettre des chaussettes peut-être pour la nuit qui s’annonçait froide), se rendit compte qu’à peine couchée, j’avais déjà fait pipi au lit ! Ah la sérénade ! Fessée, reproche, honte devant tous les membres de la famille, sortie du lit, j’étais l’ingrate qui ne respectait pas tout le mal qu'elle se donnait, déshabillage et toilette dans le froid… Beaucoup de violence pour une puce de trois ans qui a perdu sa maman et qui ne comprend pas, malgré les explications qu’on lui donne, pourquoi elle n’est plus là.

Le jour où ma mère fut de retour, je l’accueillis par un petit rire joyeux qui se transforma vite en sanglots puis en spasmes ce qui étonnât tout le monde ….Je me revois dans le vestibule au bas de l’escalier, ma mère penchée sur moi, me prodiguant de la tendresse bien que ne semblant pas comprendre mieux que les autres ce brutal chagrin.

Durant toute mon enfance, j’ai gardé une rancoeur contre ma grand-mère, car peut-être un peu comme Françoise Dolto, je me suis rendue compte très tôt que les adultes ne faisaient pas toujours ce qu’il fallait pour, sinon rendre les enfants heureux, au moins leur assurer un sentiment de sécurité.

vendredi 6 juillet 2007

Qui c'est qui est le loup ?

06 07 2007

Année 64, la récré dans une école publique.

Une grande cour en L, plantée de cerisiers. Au fond, un préau, interdit aux élèves lorsqu’il ne pleut pas, surveillance oblige.

Sept "maîtresses" discutant entre elles, entourées d’une nuée d’environ 200 fillettes âgées de 6 à 14 ans, la classe de « fin d’études » accueillant encore les aînées.

Un groupe d’une dizaine d’enfants décide de jouer au loup :

« Qui c’est qui est le loup ? - Moi ! - Moi ! - On va pondre - Plouf plouf, un petit cochon, pendu au plafond, tirez lui la queue, il pondra des œufs, com-bien- en- vou-lez- vous ? - Six - Un, deux, trois, quatre, cinq, six, c’est toi le loup. »

mercredi 27 juin 2007

Lettre d'un prisonnier

27 06 2007

(cliquer ici)

"Mon cher L., Quelques mots d'un exilé qui espère d'être auprès de vous d'ici peu. Vous allez bien là-bas, j'ai appris l'accident de Y., heureusement sans suite grave pour elle. J'espère que toute ta petite famille se porte bien et que vous ne souffrez pas trop. Je te charge d'être mon interprète auprès de tous les collègues et surtout faut mettre quelques bonnes bouteilles à gauche. Bons baisers à tous. M."

Hier, ayant besoin d'un rouleau de papier, je suis montée dans une pièce de ma maison qui sert de débarras. Quelques cartons non encore déballés, faute de placards, y traînent au milieu du matériel de la parfaite bricoleuse, le tout recouvert de toiles d'araignées. Ce que je cherchais ne s'y trouvait pas. Par contre, j'ai aperçu une grande boîte contenant des photos et correspondances de ma famille. Je suis donc redescendue avec cette masse de documents dans lesquels je suis plongée depuis hier soir.

J'ai notamment une correspondance adressée à mon grand-père par son meilleur ami et beau-frère, les deux copains inséparables ayant épousé deux soeurs. Ils étaient également collègues d'atelier.

La carte est une "kriegsgefangenenpost" : correspondance des prisonniers de guerre. Elle est datée du 15 août 1943. J'ignore à quelle date mon grand-oncle a été fait prisonnier, je me souviens cependant des récits de ma mère : il a d'abord été emprisonné dans sa ville, ce n'était donc pas lors de la débâcle en 1940. Employé par la municipalité, il aurait pu être "délivré" par ses camarades de travail, lors de sa captivité dans les caves d'un lycée de la localité. Par peur de représailles contre sa femme et son petit garçon, il refusa et fut déporté au camp de Krems en Autriche, dans le stalag XVII B. Ce dernier élément m'est fourni par les informations contenues au verso de la carte. Je ne sais pas non plus à quelle date il est rentré chez lui. Il vécut ensuite peu d'année, usé par les privations et mauvais traitements connus durant sa captivité. Grâce à Internet, j'ai trouvé quelques éléments sur ce camp et en particulier, un site de Francis Fournier où l'on peut lire trois numéros d'un journal édité par les prisonniers.

La lecture de certains articles, notamment sur la nécessité de rester joyeux, donne à méditer. Un extrait de cet article de l'abbé R. Galpin : "La joie est dans l'effort et affaire de volonté. Remplis bien ta vie même de prisonnier, à force de cran, donne lui toute sa perfection et tu trouveras la joie. Bien sûr tu as le droit de désirer plus de liberté que celles qu'on t'a laissée dans un carré de barbelés. Ce serait cruel de te défendre cela et je ne le veux pas, mais la joie parfaite, ça n'existe pas."

jeudi 7 juin 2007

La vie contenue

07 06 2007

Enfant vivant
Enfant joyeux
Enfant libre

Obéis

Ne te traîne pas par terre
Ne joue pas à table
Ne réponds pas
Dis merci et bonjour

Conforme toi
Oublie tes rêves

Censure tes pensées
Éloigne ta vivacité
Relègue tes élans
Cache tes larmes

Rentre dans le rang

C’est toute l’amertume de mon enfance dans les années 60.

mercredi 16 mai 2007

Littérature enfantine

16 05 2007

Après les folies d’hier (entre deux rendez-vous, courses effrénées à 75 km d’ici, pour m’habiller de neuf afin de garnir ma valise pour l’Italie, où nous partons lundi prochain, puis séance d’ostéopathie très douloureuse suivie d’un remplissage de chariot à l’hyper, car il n’y avait plus rien à manger), c’est une journée farniente aujourd’hui. Il paraît qu’il faut se reposer après ce que m’a fait mon médecin, dixit ma sœur. Donc j’ai commencé par faire une nuit de 9 heures, interrompue cependant au petit matin par trois matous affamés, mais je me suis rendormie sans difficulté. Ensuite j’ai fait l’obligatoire (remplir lave-vaisselle, vider lave-linge) et entre deux averses, un petit tour au jardin (cueilli trois fraises et une poignée de radis, ôté les roses fanées et fait un bouquet de celles qui ne l’étaient pas pour en profiter un peu, vu le temps). Il faudrait aussi que je prépare l’une des deux chambres, les filles arrivant vendredi pour qu’on arrose l’anniversaire de la grande. Je ne peux pas tout nettoyer sur une journée, trop de douleurs en ce moment.

Ensuite j’ai sorti la layette que j’ai en réserve pour Petite Mia, afin de faire une liste avec tout ce que j’ai acheté hier pour en référer à Grande Fille (je lui ai téléphoné dans le magasin pour savoir ce qui lui manquait en body et pyjama : cinq minutes après, j’avais tout mélangé, les manches courtes, longues, tailles, bretelles, enfin tout ce que je savais, c’était que je devais choisir dans le rayon fille …Ca devient inquiétant ces pertes de mémoires.)

Regarder tous ces petits vêtements et peluches doudous m’a fait penser que Fifille avait envie de retrouver ses livres d’enfants (qu’elle a prêté à ses cousins qui ont dû les vendre sur un vide grenier car ils ne sont jamais revenus), en particulier ceux d’Ernest et Célestine. Je suis allée voir sur Internet, mais comme je ne me souviens plus de celui qu’elle a déjà racheté, je me suis orientée sur la collection, également disparue, des livres de Beatrix Potter que je racontais à Grande fille. Entre deux et trois ans, le jeu consistait à lui lire en changeant le texte, elle s’en rendait parfaitement compte les sachant par cœur et elle me corrigeait dans son charabia… Très drôle. Elle était précoce et lisait Edgar Poe à 1 an (enfin, à l’envers, je vous mettrai la photo quand je l'aurai scannée. Finalement, j’en ai commandé trois (Tom Chaton, Sophie Canétang et Jeannot Lapin). Bon il fait si froid que je me suis remise au lit, après avoir hésité à allumer un feu de bois, même pas le courage finalement. Je ne crois pas que j’entamerai le ménage aujourd’hui.