jeudi 11 octobre 2007

Grand vent

11 10 2007

Dans la maison de mon enfance, je dormais au premier étage, la tête près de la fenêtre. Il y a 50 ans, si les maisons étaient peu chauffées, elles n'étaient pas isolées non plus et l’usage des croisées à double vitrage n’était pas répandu dans ma région. Il s'agissait d'un petit pavillon comportant trois pièces en rez-de-chaussée, deux chambres et un grenier à l’étage, dans un quartier où toutes les constructions étaient identiques.

En hiver, vers 18 heures, ma mère montait allumer le poêle à fuel situé dans le petit couloir entre les deux chambres, celle des enfants et celle des parents. Afin que la chaleur se répande dans les deux pièces, les portes demeuraient ouvertes. Ce mode de chauffage disséminait une odeur de pétrole très prégnante et de plus, situé sur un sol en parquet, il produisait des craquements et des sifflements qui m’inquiétaient fort et m’empêchaient de dormir.

Cependant, ce n’était rien à côté des nuits où le vent soufflait. La position de mon lit près de la fenêtre accentuait probablement la perception auditive des bourrasques. J’avais l’impression que j’allais m’envoler, un peu comme dans le magicien d’Oz. Les rafales provoquaient des sifflements qui passaient sous la fenêtre et accentuaient, par l’intermédiaire de la cheminée, les bruits en provenance du poêle.

La panique me saisissait. L’impression que la maison n’y résisterait pas, que tout allait s’écrouler, m’empêchait de dormir. Je finissais pas me boucher les deux oreilles, ce qui me perturbait car j’avais l’habitude de m’endormir en tenant le drap des deux mains (pour que le loup ne m’emporte pas….).

Aujourd’hui, le vent a molli, il ne souffle plus jamais aussi fort que dans ma mémoire. Je dors au rez-de-chaussée, dans la partie centrale du U que forment les divers bâtiments de ma maison. La fenêtre de ma chambre donne côté cour, celle-ci est presque entièrement close puisque le quatrième côté est constitué par le mur du jardin, légèrement surélevé. Le vent ne me dérange plus. J’ai, au cas où, des boules Quiès dans le tiroir de ma table de nuit mais de toute façon, je ne tiens plus le drap de mes deux mains…. Et puis quand le sommeil me gagne enfin, après avoir avalé un comprimé rose et deux moitié blanches afin d'arrêter le moteur qui me tient lieu de cerveau, je n’entends plus rien pendant quelques heures…

mardi 9 octobre 2007

Coiffure d'enfance

09 10 2007

Les cheveux bouclés de ma sœur cadette faisaient l’admiration de tous. C’est pourquoi durant toute son enfance, on lui garda longs, agrémentés de barrettes et nœuds divers, alors que, tous les trois ou quatre mois, ceux de mes soeurs aînées et les miens étaient coupés courts à la garçonne. Mon père ayant des petits moyens, un collègue d’usine , le père G. qui avait appris la coiffure, venait un soir après le « souper » avec femme et enfant, pour la veillée. Tour à tour, mes sœurs et moi-même voyions tomber nos mèches, espoirs de futures anglaises… Mais non, voyons, nos cheveux étaient raides ! Inutile d’espérer autre chose que des baguettes de tambour, en les laissant pousser ! De plus, ma mère n’avait pas le temps de coiffer quatre longues chevelures chaque matin avant l’école. Le père G. ne nous mettait pas un bol sur la tête avant de faire cliqueter ses ciseaux autour de nos têtes, mais le résultat aurait pu le laisser croire… S’il s’était replié sur un travail à l’usine, je pense que son absence de disposition pour l’art de la coiffure n’y était pas étranger. Les émotions qui m’assaillaient à chaque coupe, me remuent encore.


COIFFURE TYPE "la coupe au bol"

Honte, d’être coiffée comme un garçon. Sentiment d’impuissance, de devoir me plier à la volonté de mes parents. Impression d’une injustice, d’avoir les cheveux raides et non pas ondulés comme ceux de ma sœur cadette.

A l’âge de 10 ans, cette pratique abusive cessa, en vue de la « communion solennelle » et du mariage d’une tante, évènements prévus l’année suivante. La frange et le port du bandeau restèrent cependant de rigueur pendant encore au moins 4 ans, de même qu'un raccourcissement de temps à autre.

Mes premières vraies « longueurs » atteignirent mes épaules à 15 ans, puis mes cheveux se mirent à onduler ! Pas autant que ceux de ma petite sœur, mais presque. Je les gardai longs une dizaine d’années. L’admiration qu’on leur portait dans mon cercle extrafamilial contribuât à me rendre la confiance en moi qu’une éducation peu bienfaisante pour les aspirations enfantines, s’était évertuée à détisser années après années.