dimanche 5 août 2007

Séjours de vacances

05 08 2007

Mes premières vacances eurent lieu quand j’avais, je crois, six ans. Mon père partit sur son solex et mon grand-père se chargea d’emmener le reste de la famille ainsi que les bagages, dans sa voiture : nous avions loué à la campagne, à environ trente cinq kilomètres de notre domicile, une vieille maison au bord du canal, où mon père pourrait aller pêcher. Une unique pièce meublée de trois grands lits très hauts, deux énormes armoires, une table et un évier. La cuisine se faisait sur le perron, au-dessus de l’escalier d’une dizaine de marches. Nous partions toujours pour trois à quatre semaines. Mon père allait de temps en temps arroser son jardin et il nous rapportait les légumes.

Quand mes parents ont acquis leur première voiture, je devais avoir sept ans. Nous avons continué pendant deux ans de partir ainsi à la campagne.

J’en garde de très bons souvenirs, d’autres moins bons.

Les croissants du dimanche matin, un demi par personne car mes parents avaient de petits moyens. L’installation des balances à écrevisse dans le canal, puis leur relevage et l’appréhension vaincue de se faire pincer les doigts en saisissant les prises. Les promenades à la nuit tombée, sous les étoiles, accrochée à la main rassurante de l’un de mes deux parents. Chaque fois que nous passions devant le pré du taureau, ma soeur cadette, âgée de trois ans, qui s’exclamait : « taureau métant » car nous lui avions lu une fois la pancarte suspendue à la barrière nous prévenant que l’animal n’était pas commode…

Mon père qui emmenait ses filles à la pêche chacune leur tour et qui hurlait quand elles accrochaient l’hameçon dans les branches ou qu’elles cassaient leur ligne. L’ennui quand j’avais terminé tous les livres. Les toilettes dans une cabane au-dessus d’un tonneau et leur odeur pestilentielle.

Après trois années de séjours à la campagne, mes parents trouvèrent que mes deux sœurs jumelles étaient vraiment trop pénibles et gâchaient les vacances de toute la famille. Il fut donc décidé de « nous » envoyer en colonie de vacances, puisque décidément, même si je me tenais tranquille, je faisais partie du lot comme si nous avions été trois enfants siamoises !

Prévenue un an à l’avance, j’espérais un miracle, car si mes aînées étaient enchantées de ce séjour dans les landes, pour ma part, je ne voulais pas quitter ma mère. Je me morfondis un an durant, sans résultat.

Nous partîmes donc par le train, pour un voyage interminable de Lyon à Bordeaux. Afin que les enfants « s’habituent » et prennent du poids, la durée de la colonie était de cinq semaines. A l’arrivée, je fus séparée de mes sœurs, qui avaient onze mois de plus que moi et se trouvaient donc dans une autre équipe, dans un bâtiment différent du mien.

Nous portions les vêtements de la colo, robe de cotonnade ou survêtement couleur « bleu de travail » tout déformé.

Je n’avais plus d’identité, je demeurai hébétée pendant plus d’une semaine, ne sachant plus où j’étais, ne faisant qu’obéir à la gentille monitrice qui nous répercutait les ordres d’un directeur un peu militaire. Pipi au lit lors de la première sieste, n’ayant pas dormi la nuit précédente dans le train. Discrétion de la monitrice pour changer le lit. Honte cependant de faire connaissance si vite avec la lingère…

Je commençais à m’habituer lorsque mes parents, qui campaient plus au nord avec ma sœur cadette, vinrent nous rendre visite… Je ne leur ai jamais pardonné de m’avoir abandonné cet été là. Je pense que ma détresse a dû leur apparaître car les étés suivants, il ne fut plus question de ce genre de séjour et les vacances redevinrent familiales.

La colonie partait en file indienne à la plage, au moins trois cents enfants derrière le directeur. Il y avait environ quatre kilomètres à parcourir dans les sentiers de sable sous les pins, pour atteindre l’océan. Je me languissais de revoir des prés avec des vaches.

Le dimanche matin, il y avait messe dans une clairière, le prêtre sur une estrade et des centaines de chaises autour de lui. De tous les sentiers qui convergeaient vers cette clairière, apparaissaient des files d’enfants. Le coin n’était peuplé que de colonies.

Je ramenai de cette expérience beaucoup de mélancolie mais aussi une amie qui portait le même prénom que moi, avec qui je correspondis pendant de nombreuses années.