lundi 16 juillet 2007

Souvenirs doux-amers

16 07 2007

Ma grand-mère maternelle s’appelait Blanche. En triant des papiers il y a quelques semaines, j’ai retrouvé son acte de décès et me suis rendue compte qu’elle se prénommait en réalité Marie Blanche. On lui disait "la Blanche". Pour moi, c’était mémé.

Je me plaisais chez elle où, avec mes deux sœurs aînées, nous étions souvent. Elle nous " gardait " quand ma mère allait " en ville" sur son solex.

Derrière la maison de ma grand-mère, un jardin tout en longueur : d’abord un coin de « cour » gravillonnée, avec une balançoire accrochée aux branches d’un prunier, puis une allée séparant en deux le potager de mon grand-père. Au bout de l’allée, un mur de rosiers rouges avec, sur le côté, une petite barrière, pratique pour aller trinquer chez le voisin de derrière. Mon grand-père avait installé dans ce fond de jardin un grand poulailler contigu à un enclos plus petit pour des pigeons et quelques tourterelles. Je ne me souviens plus s’il y avait des lapins, comme dans le jardin de mes parents. C’était une habitude prise pendant la guerre d’élever à la maison quelques volatiles afin de survivre aux grandes privations. Certaines années où les couvées en avance se trouvaient exposées aux dernières gelées, je me souviens du carton posé près de la cuisinière dans lequel pépiaient des petites boules jaunes que j’aimais bien prendre dans mes mains mais il fallait vite les reposer…Sentir leur tiédeur et leurs palpitations, leur fragilité, craindre de trop serrer ce poussin …Je ferme les yeux et revis cet instant.

Je me plaisais chez ma grand-mère et pourtant j’appréhendais son contact. Elle avait sa préférée, ma sœur D, qu’elle appelait justement son « petit poussin ». Préférée car on avait failli la perdre à l’âge de deux mois. Elle gardait une certaine faiblesse, des soins attentifs devaient lui être prodigués, le premier consistant à la protéger de ses sœurs, qui, lors des disputes ou bagarres, avaient pour ma grand-mère toujours tort, son petit poussin ne pouvant être qu’innocent.

Il y avait eu également des fessées reçues plus jeunes, pour des pipis au lit : j’avais trois ans, et je fus brusquement séparée de ma mère hospitalisée à deux reprises. La triade fut donc confiée à la « mémé », aidée de deux de ses filles qui vivaient avec elle. Le soir, mon père passait manger la soupe et repartait dormir à la maison. Personne ne semblait se rendre compte de la désespérance que me causa l’absence de ma mère. J’imagine pourtant que la petite fille que j’étais, habituellement rieuse, devint triste. Ma grand-mère m'effrayait, elle m’emportait sur les cabinets alors que je n’avais pas envie ou peur (ma mère me mettait peut-être encore sur le pot….). Dès que l’on m’avait montée dans la chambre de l’une de mes tantes pour me coucher dans mon petit lit, je me relâchais, la (sorcière) grand-mère redescendait dans sa cuisine.

Rapidement, je somnolais et le pipi retenu m’inondait d’une douce chaleur, souvenir de la béatitude que doivent ressentir les bébés….Mais un soir différent des autres, ma grand-mère, qui avait dû oublier je ne sais quoi (de me mettre des chaussettes peut-être pour la nuit qui s’annonçait froide), se rendit compte qu’à peine couchée, j’avais déjà fait pipi au lit ! Ah la sérénade ! Fessée, reproche, honte devant tous les membres de la famille, sortie du lit, j’étais l’ingrate qui ne respectait pas tout le mal qu'elle se donnait, déshabillage et toilette dans le froid… Beaucoup de violence pour une puce de trois ans qui a perdu sa maman et qui ne comprend pas, malgré les explications qu’on lui donne, pourquoi elle n’est plus là.

Le jour où ma mère fut de retour, je l’accueillis par un petit rire joyeux qui se transforma vite en sanglots puis en spasmes ce qui étonnât tout le monde ….Je me revois dans le vestibule au bas de l’escalier, ma mère penchée sur moi, me prodiguant de la tendresse bien que ne semblant pas comprendre mieux que les autres ce brutal chagrin.

Durant toute mon enfance, j’ai gardé une rancoeur contre ma grand-mère, car peut-être un peu comme Françoise Dolto, je me suis rendue compte très tôt que les adultes ne faisaient pas toujours ce qu’il fallait pour, sinon rendre les enfants heureux, au moins leur assurer un sentiment de sécurité.

vendredi 6 juillet 2007

Qui c'est qui est le loup ?

06 07 2007

Année 64, la récré dans une école publique.

Une grande cour en L, plantée de cerisiers. Au fond, un préau, interdit aux élèves lorsqu’il ne pleut pas, surveillance oblige.

Sept "maîtresses" discutant entre elles, entourées d’une nuée d’environ 200 fillettes âgées de 6 à 14 ans, la classe de « fin d’études » accueillant encore les aînées.

Un groupe d’une dizaine d’enfants décide de jouer au loup :

« Qui c’est qui est le loup ? - Moi ! - Moi ! - On va pondre - Plouf plouf, un petit cochon, pendu au plafond, tirez lui la queue, il pondra des œufs, com-bien- en- vou-lez- vous ? - Six - Un, deux, trois, quatre, cinq, six, c’est toi le loup. »