mercredi 29 octobre 2008

Bien le bonjour...

29 10 2008

Mon père n'était pas fier de moi.

Pourtant je faisais des efforts.

Il fallait être poli. Quand un enfant rencontrait un adulte, il fallait saluer. J'avais observé que pour ce faire, les adultes se serraient la main. Je devais avoir quatre ans. Ma mère discutait sur le trottoir, devant chez mon grand-père, je vois encore l'endroit, un tout petit peu sur la droite quand on regarde la maison. Il y avait la mère M, la voisine directe, la mère L. de deux maisons plus loin. C'est comme ça qu'on disait, jamais madame Bidule, non, la mère ou le père Machin, entre nous bien sûr, pas quand on les rencontrait, alors là tout le monde disait Madame ou Monsieur. Donc toutes ces bonnes femmes, autre terme très couramment employé, formaient un rond assez serré, le trottoir était étroit et il n'était donc pas question de rester sur la route, car si les voitures étaient rares, il n'y avait pas encore de limitation de vitesse et elles passaient comme des bolides.
Je me souvenais de la leçon de mon père et j'avais dans l'idée de la mettre en application afin qu'il soit content de moi. En effet, ma mère ne manquait pas de lui raconter chaque soir, lorsqu'elle croyait ses filles endormies dans la pièce à côté, toutes portes ouvertes afin que chaque chambre profite de la chaleur du poêle à mazout situé dans le couloir, les exploits bons ou mauvais de sa progéniture.

Je n'étais pas haute, je me souviens que ma tête arrivait sous les coudes des ces trois femmes qui discutaient les bras croisés. Je commençai par lancer un "bonjour Madame", et constatant qu'aucune ne prêtait attention à moi, je me glissai au centre de leur cercle, m'emparai de la main de l'une d'entre elle et la secouai vigoureusement en criant un "bonjour Madame". J'avais des difficultés de prononciation, ayant appris à parler en imitant mes sœurs aînées.

Le trio se regarda et ma mère finit par s'exclamer : "Ah, elle veut dire bonjour".

jeudi 18 septembre 2008

Du baptême...

18 09 2008

Image de l'enfance, le visage de ma marraine me revient. Elle avait 11 ans quand je suis née, elle a passé beaucoup de temps à s'occuper de mes soeurs et de moi. Je l'admirais beaucoup, je voulais être sa préférée. Dans ma tête d'enfant, mon statut de filleule aurait dû me valoir cette place. Elle ne montrait pas de différence, ne me traitait ni mieux ni moins bien.

Les années ont passé. Le baptême ne représente plus rien pour moi. Je ne suis plus croyante.

La religion catholique telle qu'on me l'a enseignée, ressemblait beaucoup au conte du père Noël. Il y avait Dieu, qui voyait tout ce que nous faisions, qui savait tout ce que nous pensions. A force d'entendre ça, vers l'âge de neuf ans, je me sentais gênée par ce manque d'intimité avec moi-même, surtout quand j'inventais des trucs pas gentils… Pourtant, ça avait bien commencé, puisqu'il nous aimait, nous les petits enfants, ses agneaux de Dieu. Je ne demandais que ça, d'être aimée, même si une fois de plus, c'était un amour pour tout un troupeau… Le troupeau de filles, trois en onze mois, le troupeau d'agneaux, décidemment, pas moyen d'être l'unique aimée ! Néanmoins, dans ma tête, j'étais seule à lui parler et je n'étais pas loin d'être touchée par la grâce...

Un jour, le prêtre, qui rassemblait de temps en temps, dans la chapelle, toutes les années de catéchisme, demanda à l'assemblée sage comme une image : "Les enfants qui ont un frère, levez le doigt". Après une courte mais profonde réflexion, je me manifestais. Le curé, qui connaissait la composition de toutes les familles de sa paroisse, ne manqua pas d'être intrigué. L'air étonné, il me questionna : "comment ça, toi, tu a un frère ?" et je lui répondis, avec assurément l'air illuminé d'une future sainte, que oui, j'avais un frère, Jésus, et lui récitai un passage du catéchisme, qu'il fallait connaître sur le bout du doigt. C'était sans doute l'époque où j'avais la crainte de voir apparaître la vierge, alors je n'aimais pas regarder les nuages, effrayée qu'elle puisse me choisir comme nouvelle Bernadette et mef aire coucou depuis là-haut. J'évitais même de dévisager sa statue vêtue de bleu, qui trônait à droite dans la chapelle, pensant ainsi que si elle se montrait à moi, je pourrais toujours prétendre que je ne l'avais pas reconnue…

Après une première année difficile, durant laquelle je ne comprenais rien des phrases qu'on me faisait apprendre par cœur dans un livret qui en plus, était très moche, avec des dessins peu enthousiasmant pour une enfant de 7 ou 8 ans, le catéchisme et la messe tous les dimanches firent partie des contraintes de ma vie d'enfant comme l'école cinq jours par semaine et le dentiste tous les samedis après-midi une grande partie de l'année. Il y eut cependant de bons souvenirs : des missionnaires venus nous parler de l'Afrique et nous montrer des diapos alors qu'à l'école, on ne voyait que la carte de ce pays, le patronage du curé que je préférais à celui organisé à l'école, parce qu'autour de la chapelle, il y avait un petit "parc" avec des buis pour se cacher, et que le curé organisait des jeux de piste et des kermesses.

Une fois la "communion" passée et les cadeaux empochés, j'ai continué l'aumônerie en 6ème, comme je l'avais promis au curé qui avait autorisé que je fasse ma profession de foi (à l'époque, les parents continuaient de l'appeler la "communion solennelle") en même temps que mes deux sœurs aînées, pour éviter à ma famille le coût d'un banquet deux années de suite… Et puis, basta… Je ne croyais plus en Dieu.

Mes filles n'ont pas été baptisées quand elles étaient bébé, mon ex était athée. Puis, il se prit d'intérêt pour la religion et demanda le baptême, en même temps que sa fille aînée, alors pour ne faire qu'un seul lot, la cadette fut baptisée également.

Depuis la semaine dernière, après l'épisode du pape et de la "laïcité positive", je me demande si je ne vais pas faire la démarche de renoncer à mon baptême.

mercredi 17 septembre 2008

Sur le chemin de l'école

17 09 2008

Lorsque j'étais enfant, à l'automne, sur le chemin de l'école, il y avait une rue en pente, bordée d'arbres. Mes parents les appelaient des platanes tout en précisant que cela n'en était pas… Il s'agissait d'érables planes et tous les jeunes enfants s'amusaient à se coller sur le nez l'une des moitiés des deux fruits ou samares, qui tombaient en planant je ne sais plus à quelle époque de l'année.


En automne, après avoir pris de chaudes couleurs, les feuilles tombaient et les trottoirs, qui habituellement servaient très peu aux écoliers car les véhicules encore rares à l'époque, ne fréquentaient pas les rues à la même heure que les enfants, me réjouissaient quand ils étaient recouverts d'un matelas de feuilles d'au moins quinze centimètres.

Si pour aller à l'école, j'empruntais le milieu de la chaussée descendante, en courant à toute allure dans le secret espoir de m'envoler emportée par l'élan, au retour j'aspirais à être l'une des premières à marcher sur le trottoir. Quand par chance, après la sonnerie stridente, notre classe sortait en tête de l'école, je cavalais tout au long du chemin jusqu'à cet endroit. Les feuilles étaient bien sagement entassées et je profitais qu'elles ne soient pas encore éparpillées par une nuée de pieds. Alors, je prenais un plaisir immense à marcher dans cette couche végétale aux parfums d'humus et de terre, à soulever les feuilles légères et colorées. Quelques unes composaient un bouquet avec lequel je m'amuserais après le goûter et les devoirs.

L'état de mes chaussures qui avaient raclé les graviers du trottoir me valait souvent une claque et ma mère ne comprenait pas pourquoi j'abimais si vite mes chaussures, made in France alors et si chères pour les familles modestes.

mardi 1 juillet 2008

Odeur d’enfance

01 07 2008


Eh bien, je n’ai rien fait de ce que j’avais prévu hier, ou presque. Car en effet, quand je bricole, je ne fais rien d’autre, mais quand c’est mon doud’ qui s’occupe de mettre l’électricité dans une construction en cours, je ne fais rien d’autre non plus. En effet, toutes les cinq minutes, il a besoin que je vienne voir. Normal puisque le plan, il n’est pas sur papier mais dans ma tête. Donc s’il a besoin de le consulter, il faut tout de suite que j’accoure…

En conséquence, à part le repas, nada… J’ai cependant eu le temps, entre deux consultations de mon cerveau, de cueillir les cassis.

C’est ainsi qu’en début d’après-midi, profitant d’un passage nuageux et d’une accalmie côté bidouillage de fils électriques, un panier à fraises sous le bras, j’ai pu effectuer ma récolte. L’odeur des feuilles qui collent aux bras nus m’a replongée quarante cinq ans en arrière, quand dans le jardin de mon père, derrière la maison, en rang d’oignons, mes sœurs et moi, nous devions écumer les deux rangs d’au moins quinze pieds de cassissiers… Si cette activité nous amusait vingt minutes, elle prenait vite un aspect caustique car les fourmis nous couraient dans les jambes, à rester ainsi immobiles et debout, les yeux fixés sur les grains noirs qu’il fallait cueillir avec les queues et sans les écraser. Pour une main d’enfant, je peux vous assurer que ce n’est pas aisé. Et puis, bien souvent, dans les mêmes jours, il y avait également les groseilles à ramasser. Suivait l'équeutage de tous ces fruits, des heures assises cette fois-ci...

De tous ces cassis, ma mère confectionnait une gelée très épaisse, des glaces bien sûr mais aussi la fameuse crème de cassis, pour le kir ; elle fournissait toute la famille.

Ici, je n’ai que deux cassissiers et la récolte me suffit amplement, il y avait exactement six cent quatre vingt grammes de fruits épluchés. Après avoir mis quelques cuillerées de jus de côté pour les compotes de Mia, il reste quatre cent cinquante grammes mélangés avec le même poids de sucre. Avant même la cuisson, la masse est déjà prise ! C’est ainsi qu’on fait de la gelée de groseille à froid, qui a cependant la particularité de se conserver moins longtemps que celle que l’on fait chauffer.

Je n’aime pas trop la gelée de cassis car elle est épaisse, presque trop parfumée. L’année dernière, je l’avais mélangée avec de la pomme, c’était très bien. Cette fois, j’ai décidé de faire un autre essai et d’y mêler des morceaux d’un fruit plus juteux. Après avoir envisagé d’ajouter des nectarines blanches, j’ai pensé que ce ne serait pas mal avec du melon. Mais finalement, hier soir, pour arroser la fin des travaux d’électricité, nous avons ouvert une demi-bouteille de champagne et j’ai découpé le melon en mini boules pour l’accompagner. Comme je ne pense pas avoir le courage de sortir aujourd’hui, les nectarines feront l’affaire même si je trouve qu’il n’y en a peut-être pas assez.

Par contre, il est certain qu’il y aura beaucoup de gourmands pour la déguster !!!

vendredi 13 juin 2008

Souvenirs gourmands

13 06 2008



Il y a quelques mois, j’ai lancé une recherche sur Internet et je n’ai pas trouvé… C’était au sujet des "guimauves" que nous achetions sur les fêtes foraines, lorsque j’étais enfant.

Ma mère adorait ça et dès qu’une fête foraine se tenait dans les environs, elle rapportait un paquet de guimauves, soigneusement emballées dans un papier blanc, genre papier de boucherie. Lorsque qu’un membre de la famille croisait une fête foraine lors de ses déplacements, il ramenait à tous les coups cette friandise pour notre maisonnée.

J’aimais ça aussi, bien sûr, de préférence les mauves parfumées à la violette ou les vertes à l’anis, il y en avait aussi qui ressemblaient un peu à de la "nougatine", de couleur caramel bien cuit avec quelques miettes d’amandes. Elles étaient très dures.

Quand on parle de guimauves, chacun pense maintenant aux trucs mous, les schamachins. Ca n’existait pas dans les années 60. On en trouvait cependant en pâtisserie, dénommée également "guimauve", elles avaient un goût de fleur d’oranger. Je ne me souviens pas que nous en étions friandes, mes sœurs et moi. Pour les différencier, on disait "de la guimauve" et non pas "des guimauves"...

Mes guimauves de fête, par contre, ravissaient ma gourmandise. Le forain confectionnait cette confiserie devant les gourmands qui attendaient d’être servis. Dans un grand chaudron, la pâte cuisait. Je ne sais plus avec quel ustensile il en saisissait un bon kilo qu’il déposait sur un marbre ; quand la bonne température était atteinte (environ 60 °, je pense), il empoignait le magma de sucre des deux mains et l’étirait en le tordant, le laissait retomber sur le marbre afin de ne pas se brûler, et recommençait ce geste un certain nombre de fois avant de former des bâtons qu’il coupait aux ciseaux tous les vingt centimètres environ. Il arrivait qu’il mélange deux couleurs, blanc et jaune par exemple. Les fibres longitudinales de sucre étaient également constituées de deux matières, l’une mate et l’autre brillante et translucide. Cest de cette façon-là qu'on fabrique les berlingots, je m'y suis essayée il y a une vingtaine d'année avec beaucoup de difficultés car je crains exagérément le chaud et la méthode, pour le néophyte, ne s'acclimate pas du port de gants. Il y avait beaucoup d’amateurs salivant devant le stand, le nez également à la fête, les yeux parcourant les casiers multicolores afin d’arrêter un choix.

Lorsque j’ai repensé à cette friandise, des années après l’avoir boudée, les adolescentes que nous étions devenues préférant les barres chocolatées industrielles, les guimauves avaient disparues des étals de fêtes foraines. Il y avait longtemps que tout avait été remplacé par des trucs "chimiques " comme disait ma grand-mère !

Je n’aurai pas fait 9000 kilomètres uniquement pour regarder la pluie tomber sur l’océan indien ! A l’aéroport, j’ai trouvé une boîte de guimauves ! Elles ont été rebaptisées « sucre d’orge ». Plus courtes que celles de mon souvenir, emballées individuellement dans du papier cellophane, elles sont faites à la main avec du sucre de canne. Elles sont de couleur unie et d’une seule texture mate, mais elles ont gardé le bon goût des dimanches de fête.

Une nouvelle recherche sur le net me livre quelques précisions me prouvant que le nom donné dans ma famille à ce bonbon n’est pas un détournement de vocabulaire dont ma grand-mère avait le secret…

La recette sur wikipédia à base de schamachin est adaptée au confiseur pressé...

Guimauves au four micro-ondes

Une variante de la guimauve grillée consiste à placer 3 guimauves (et pas plus) dans un bol au micro-onde. Quand les guimauves ont triplé de volume, les sortir et attendre qu'elles dégonflent et refroidissent un peu, c'est du cœur de guimauve grillé. En travaillant cette masse on obtient une pâte irisée, la guimauve de fête foraine.

vendredi 18 janvier 2008

"J'aime la galette"

18 01 2008




 

J'aime la galet-teu

Savez-vous comment ?

Quand elle est bien fai-teu,

Avec du beurre dedans,

tralala tralalalaaaa

tralala, tralalalalère' (bis)

(Je ne vous écrirai pas la mélodie que car j'ai carrément un problème avec la musique. J'ai d'ailleurs lu ces jours-ci, je ne sais plus où, que les enfants qui parlaient tard, ce qui fut mon cas, avaient toutes les chances d'avoir une oreille incapable de reconnaître les notes. Malgré tous mes efforts de bonne élève, les dictées musicales commencées en 6ème voyaient invariablement leurs notes oscillées entre 1 et 3 sur 20 !).

Dans l'école maternelle où je suis entrée à 4 ans, il y avait au début du couloir, la classe des petits, puis la mienne, celle des moyens, ensuite celle des grands et enfin, tout au fond, une grande pièce au sol parqueté, qui servait de "salle d'évolution". A l'entrée, un piano.

Vers 14h, la directrice qui enseignait la classe des grands, nous faisait rentrer. Pendant que les petits allaient faire la sieste surveillée par la "dame de service", les élèves des deux autres classes se rendaient dans la grande salle. La maîtresse des petits se mettait au piano. La séance de rondes, jeux dansés et autres activités accompagnées de chants pouvait commencer.

Pour accompagner la chanson de la galette qui ressurgissait chaque mois de janvier, nous faisions une grande ronde. Nous commencions à marcher vers la gauche en chantant le premier vers puis changions de sens au suivant. Enfin, quand nous attaquions le premier Tralala (je ne dirai pas refrain car je ne me souviens que d'un seul couplet), nous nous dirigions vers le milieu en rassemblant nos bras levés vers le centre de la ronde puis retour en arrière sur le tralalalère, ces deux derniers mouvements bissés comme le dernier paragraphe de la chanson. Puis nous recommencions, marche à gauche, etc.

Je me souviens de la découverte du son du piano (la télévision n'avait pas encore envahi nos foyers et je ne prêtais pas attention à la radio, qui rendait un son assez brouillé).

Je me souviens de la voix haut perchée de la maîtresse des petits.

Je me souviens de la ronde qui n'était jamais bien ronde malgré tous les efforts des maîtresses pour maintenir une belle "évolution".

Quand les deux classes surent bien la chanson et réussirent à faire une belle ronde, quand tous les enfants eurent fini de peindre une vilaine couronne en carton jaune canari pour imiter le doré, la galette fut partagée et mangée ! Il était temps car je ne me souvenais pas de l'épiphanie de l'année précédente et le loup avait mangé le petit pot de beurre dans le panier avec le petit chaperon rouge et sa galette par-dessus, quel cauchemar....

jeudi 11 octobre 2007

Grand vent

11 10 2007

Dans la maison de mon enfance, je dormais au premier étage, la tête près de la fenêtre. Il y a 50 ans, si les maisons étaient peu chauffées, elles n'étaient pas isolées non plus et l’usage des croisées à double vitrage n’était pas répandu dans ma région. Il s'agissait d'un petit pavillon comportant trois pièces en rez-de-chaussée, deux chambres et un grenier à l’étage, dans un quartier où toutes les constructions étaient identiques.

En hiver, vers 18 heures, ma mère montait allumer le poêle à fuel situé dans le petit couloir entre les deux chambres, celle des enfants et celle des parents. Afin que la chaleur se répande dans les deux pièces, les portes demeuraient ouvertes. Ce mode de chauffage disséminait une odeur de pétrole très prégnante et de plus, situé sur un sol en parquet, il produisait des craquements et des sifflements qui m’inquiétaient fort et m’empêchaient de dormir.

Cependant, ce n’était rien à côté des nuits où le vent soufflait. La position de mon lit près de la fenêtre accentuait probablement la perception auditive des bourrasques. J’avais l’impression que j’allais m’envoler, un peu comme dans le magicien d’Oz. Les rafales provoquaient des sifflements qui passaient sous la fenêtre et accentuaient, par l’intermédiaire de la cheminée, les bruits en provenance du poêle.

La panique me saisissait. L’impression que la maison n’y résisterait pas, que tout allait s’écrouler, m’empêchait de dormir. Je finissais pas me boucher les deux oreilles, ce qui me perturbait car j’avais l’habitude de m’endormir en tenant le drap des deux mains (pour que le loup ne m’emporte pas….).

Aujourd’hui, le vent a molli, il ne souffle plus jamais aussi fort que dans ma mémoire. Je dors au rez-de-chaussée, dans la partie centrale du U que forment les divers bâtiments de ma maison. La fenêtre de ma chambre donne côté cour, celle-ci est presque entièrement close puisque le quatrième côté est constitué par le mur du jardin, légèrement surélevé. Le vent ne me dérange plus. J’ai, au cas où, des boules Quiès dans le tiroir de ma table de nuit mais de toute façon, je ne tiens plus le drap de mes deux mains…. Et puis quand le sommeil me gagne enfin, après avoir avalé un comprimé rose et deux moitié blanches afin d'arrêter le moteur qui me tient lieu de cerveau, je n’entends plus rien pendant quelques heures…