Ma mère, contre son gré, fût "placée" en apprentissage à l'âge de 14 ans chez un tailleur, qui lui inculqua le métier de "culottière". Une santé fragile considérée incompatible avec des études plus intellectuelles fut la raison énoncée par ses parents. Elle se retrouva donc enfermée dans un atelier au premier étage d'une vieille bâtisse de ville et je me souviens y être montée, enfant, afin de dire bonjour à ma grand-tante : il faisait noir, c'était humide, un vrai nid à attraper la tuberculose... Première fille sur cinq à entrer dans le monde du travail, la présence d'une tante rassurait probablement mon grand-père qui imposa ce métier. Ma mère en fut d'autant plus malheureuse, que sa sœur entama l'année suivante, un cycle de trois ans d'étude d'employée de bureau.
Neuf ans plus tard, ma mère cessa cette activité afin de s'occuper des ses jumelles puis de moi qui suis née le jour des onze mois de me deux sœurs...
Il y a cinquante ans, dans les foyers modestes, la plupart des vêtements étaient fabriqués à la maison et souvent, on transformait, détricotait, ravaudait pour réutiliser tout ce qui n'était pas encore bon à faire des chiffons. Ma mère, de par son ancien métier, avait l'avantage de savoir très bien se débrouiller et elle confectionnait en trois exemplaires de la même taille, selon la mode, jupes écossaises plissées, kilt, manteaux, fuseaux,etc. Les pulls étaient tricotés par les différentes femmes de la famille. L'une de mes tantes, handicapée légère, était spécialisée dans les "culottes" en coton au point mousse, ma grand-mère surveillant l'avancée afin d'effectuer les diminutions de début de rangs en temps voulu puis elle posait l'élastique elle-même, ma tante ne sachant pas très bien coudre. Ces culottes étaient très seyantes surtout lorsqu'elles vous tombaient sur les pieds quand l'élastique lâchait... Mon grand-père, ancien menuisier devenu contrôleur à la CAF et à l'Urssaf grâce aux cours du soir, offrait les chaussures du dimanche. Il avait poussé mes parents à faire construire puisqu'ils pouvaient bénéficier du crédit foncier mis en place pour aider les familles nombreuses quelques années après la guerre. Il fallait donc tout compter et je me souviens de ma mère avec ses additions à rallonge et ses enveloppes, après le passage du payeur des allocations versée en liquide à domicile. Les claques tombaient si nous la dérangions à ce moment-là...
Je m'éloigne de mon titre...
La couture est donc devenue une affaire de famille. De plus, dès la maternelle, nous apprenions à pousser l'aiguille dans des "cartonnettes". Venait ensuite l'apprentissage du point de croix au CP, des différentes couture, la simple, la rabattue, le surjet, l'ourlet, les points de broderie, les jours, etc. Le programme était officiel. C'est en cinquième que l'on passait enfin à la machine à coudre après avoir confectionné en sixième des petits vêtements de layette ou une combinaison de coton, entièrement à la main. Jeune adulte, un peu influencée par la mode hippie, je confectionnais moi-même grandes jupe, tuniques froncées, etc... Puis par mesure d'économie, je fis comme ma mère les vêtements de ma première fille et les rideaux.
Grande Fille fut privée de télé pendant environ 6 ans, mon ex et moi n'étant pas du tout fans de ce divertissement des familles. Le manque de communication dans nos milieux d'origine autour de cet appareil nous avait traumatisés. Pour s'occuper, c'est donc naturellement que ma grande se mit à imiter sa mère et apprit à la maison ce qu'on n'enseignait plus à l'école, le tricot à quatre ans, la couture dans son sillage, les bracelets brésiliens à 6 ans (elle inventait même des nouveaux points) et les habits pour les poupées d'abord et pour elle-même vers quatorze ans. Passionnée par le dessin, elle souhaitait s'orienter dans cette branche, jusqu'au jour où je lui fis prendre conscience qu'elle ne voulait pas avouer que le métier de" styliste lui "brillait dans le ventre", par peur de ne pas réussir, par sentiment d'infériorité vis à vis de sa copine qui proclamait qu'elle serait styliste. Cette dernière gâcha ses études et termina avec un CAP de couture cuir alors que Grande Fille suivit sans encombres les différentes étapes menant au métier de styliste.
Malheureusement, pas de boulot en vue, elle n'a exercé qu'un an et demi et sa dernière expérience de trois jours chez un chinois l'a un peu refroidi : créer des croquis sur son ordi personnel, dans un local pas chauffé en février, avec ses gants, pour être remerciée au bout de trois jours et payée 9 euros de l'heure, il y a de quoi. Depuis, elle prépare sa petite entreprise, ce qui n'est pas pour me satisfaire pleinement mais au moins, il n'y a pas trop de risque avec l'auto entreprise, juste de mourir de faim quand elle sera en retraite... et de galérer peut-être un peu dans les temps prochains, quand elle n'aura plus d'allocations des assedics. Et que va-t-elle faire ? Vendre des chaussons faits maison sur le net ! De la taille naissance à la taille 40 et quelque, des chaussons de tissu souple, semelle cuir. Je vous donnerai bien sûr toute indication dès que sa boutique sera ouverte, d'ici une semaine.
En attendant,les couturières, si vous avez besoin de boutons, allez visiter ce site que Grande Fille m'a fait découvrir : Nathy créa, c'est choupinet, n'est-ce pas ? Vous retrouvez cette info dans mes liens.