samedi 29 septembre 2007
Etre la mère d'une jeune mère
29 09 2007Lorsque ma fille aînée vint au monde, le téléphone constituant alors une dépense importante pour un jeune couple, je correspondais avec ma mère par lettres. Je lui donnais régulièrement des nouvelles et notamment, l’avisais toutes les semaines de l’évolution de la fameuse courbe de poids. A l’époque, il n’était pas question d’accueillir un nourrisson sans l’indispensable balance " Terraillon" de cuisine avec le "hamac" à rajouter pour la pesée quotidienne de bébé. A défaut, la pharmacie louait le matériel nécessaire. Le poids était soigneusement relevé, d’autant plus quand la maman allaitait. Cette préoccupation pourrait bien avoir un lien avec l’augmentation de l’obésité à partir de ma génération.
Ma mère avait donc besoin de savoir si sa troisième petite-fille poussait bien. Comme beaucoup de femmes de milieu modeste, elle n’avait jamais entendu parler de psychologie et répétait ce qui était à la mode pour sa génération : il fallait laisser le bébé pleurer, sous peine de le rendre capricieux et ne pas lui donner à manger en dehors de l’heure. Je ne me souviens pas de ce que je lui écrivais, seulement qu’elle s’intéressait alors à ma fille, malgré l’angoisse que lui procurait l’état de santé de ma nièce, née juste un an avant et atteinte de la maladie bleue. Si après le décès de ma mère, j’ai retrouvé d’autres lettres, notamment celles écrites lors d’un voyage en Espagne l’année de mes dix-huit ans, ma prose postnatale avait disparu.
Je ne pense pas que j’ai pu lui confier mes angoisses, tout d’abord parce que j’en avais très peu vis-à-vis de ma première fille, ensuite parce que j’avais plutôt l’habitude de chercher à la distraire de ses idées noires. Plongée dans sa maladie depuis que j’avais 15 ans, l’attitude de ma mère révélait qu’elle avait besoin de moi dans ce but. S’est-elle un jour questionnée sur les effets de ce rapport tissé avec l’une de ses quatre filles adolescentes, celle justement dont elle s’était le moins occupée de par sa place dans la fratrie ? Pour elle, je représentais ce qu’elle n’avait pu atteindre, j’avais fait des études et j’exerçais une profession qui me "posait socialement", je travaillais. Jamais elle n’a imaginé que je pouvais avoir manqué d’amour et qu’en conséquence, j’avais sublimé ma passion inassouvie pour elle dans l’apprentissage scolaire puis, n’ayant réussi à la guérir malgré mes pitreries et l’oreille attentive que je prêtais à ses confidences, que j’avais choisi un métier pour réparer….
Ma fille n’était pas sa première petite-fille mais la troisième, tout comme j’étais sa troisième fille (je ne me rends compte qu’en l’écrivant aujourd’hui, de cette même place….). C’est pourtant du bébé qu’elle s’inquiétait, marquée par le thème des enfants malades, l’ayant été elle-même et ayant failli perdre ses deux aînées, jumelles prématurées atteintes de la toxicose vers l’âge de deux mois.
Ce qui me préoccupe le plus depuis deux semaines que je suis grand-mère n’est pas de la même nature.
Mia mène sa vie de nouveau-né de 15 jours, très axée sur ce qui se passe dans son bidou, confondant faim et coliques. Elle prend donc une tétée ou un biberon toutes les heures et demi mais dort quand même 5 heures d'affiler une partie de la nuit. Rien d'anormal, mes deux filles ont fait ça deux à trois semaines avant de se stabiliser à un biberon toutes les trois heures.
Grande Fille est fatiguée. Normal. Grande Fille ne comprend pas pourquoi Mia pleure si longtemps malgré tous les soins qu'elle lui apporte, biberons ou seins représentés x fois, couche propre, petite musique, changement de position, "berçage", massage, etc. Grande Fille pense que le papa sait mieux la calmer qu’elle-même. Dans ce leitmotiv, j'entends de la culpabilité, un manque de confiance, presque de la honte. Ma fille, si volontaire quand elle jouait seule et refaisait le monde à son idée en imposant sa volonté à ses chats et ses poupées, s’est toujours montrée dans la vie sociale incapable d’être un leader, place que je souhaitais qu’elle occupe, moi-même ayant été si en retrait durant mon enfance…. Je pensais lui avoir donné tout ce qu’il fallait pour qu’elle soit sûre d’elle, j’avais tout faux. Ses « meilleures amies » d’enfance la menaient par le bout du nez.
Dire qu'un bébé, ça n'a pas toujours une raison explicable de pleurer, je l'ai fait. Suggérer de changer de lait, je l'ai fait. Rappeler que le repos de la maman est important, je l'ai fait. Rassurer, je l'ai fait.
Dire que Mia n’est pas un chat ni une poupée, je ne l’ai pas fait, quand j’ai entendu ma fille me dire qu’elle pleurait quand elle ne savait pas calmer son bébé, que jusqu’à présent elle avait consacré beaucoup de temps à la nourrir, mais sans doute pas assez à la câliner, ce qu’elle allait essayer de faire plus maintenant que le papa retravaille.
Hier, Grande Fille a appris à nouer l'écharpe de portage et après plusieurs essais, a gardé Mia contre elle pendant ses activités domestiques et durant la sieste, comme je faisais avec sa sœur qui dormait très peu, grâce à un sac "kangourou".
Je crois que, même quand j’aurai plusieurs petits-enfants, mes filles resteront toujours le principal sujet de mes pensées.
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