Ma fille cadette (surnommée Fifille ici) est depuis deux semaines et pour une semaine encore, animatrice stagiaire, en vue d'obtenir son BAFA, dans un centre de vacances qui dépend d'une association promouvant l'accès à tous de la nature. C'est sa première expérience. Elle a été recrutée par la directrice, après avoir mis son CV sur Internet.
Travaillant en juin, Fifille n'a pu rencontrer la directrice, elle s'est juste entretenue avec elle par téléphone avant de lui faire parvenir les pièces de son dossier. Une amie lui raconte que la seule mauvaise expérience qu'elle a connue s'est produite justement dans ces circonstances. Quelle rabat-joie, cette copine...
Avant de partir, Fifille reprend contact avec la directrice pour régler les problèmes matériels et connaître un peu les conditions de travail. Petit centre, vingt à vingt cinq enfants, qui restent en général une semaine donc sur 3 semaines, elle verra passer trois groupes d'enfants. Pour ce qui est du lieu d'accueil, il est loué par une communauté religieuse, la directrice n'a vu que l'extérieur et n'a pu visiter, elle précise simplement que "ça a l'air vieillot". Et cerise sur la gâteau : pas d'animateur garçon (alors que ce sont majoritairement des garçons qui sont inscrits, l'âge allant de 8 à 16 ans), pas de surveillant de baignade pour aller au lac et compte tenu du peu d'inscriptions, pas de cuisinier, la directrice est chargée de se débrouiller pour les courses et la cuisine.
Malaise de ma future détentrice du Bafa, elle sent que l'expérience risque d'être cuisante, en effet. Bon, advienne que pourra, la voilà partie. Premier appel avant l'arrivée des enfants : le centre est pourri, la literie est immonde et le bâtiment au milieu des bois est entouré d'une clairière dont l'herbe n'a pas été tondue et est parsemée de déjections de moutons. Donc en plus d'assurer le ménage d'un local fermé depuis avril, les "monos", au nombre de trois, doivent nettoyer les abords...
Premier SMS : "gros bisous d'une animatrice qui fait ce qu'elle peut face à un centre pourri, une directrice inexistante, pas de matériel, un dortoir de 26 garçons pour 6 filles. État de fatigue déjà bien avancé, mais aussi de beaux moments avec les enfants."
Ahhhh, la mère inquiète pour son bébé de 23 ans, se dépêche de lui proposer de lui envoyer des colis car si la directrice est nulle, en plus du reste on a peut-être faim dans cette colo. Réponse : "ça va on mange bien, t'inquiète pas. On a péché des têtards ce matin. Je commence à être fatiguée mais ça se passe bien." Bon, la friture de têtards, après tout, oui, pourquoi pas ....
Le lendemain, je me dis qu'en colo, on s'ennuie de sa maman et comme en m'amusant avec mon téléphone portable, je viens de découvrir que je pouvais tourner des vidéos et les envoyer, je me filme en train de lui dire que je l'aime et que je lui fais de gros bisous. Sa réponse : "merci pour la vidéo. Je me sens bien comme animatrice mais on a un groupe de grands chiants. Je préfère les petits."
Suivent quelques sms pour se dire bonsoir et pour que je commande un billet de train pour son retour.
Dimanche dernier, coup de fil de Fifille. Elle est a X, ayant reçu l'ordre de convoyer deux enfants. Normalement, ça se passe le samedi. N'ayant pas de consignes pour les deux intéressés, la directrice a pensé que les parents venaient les chercher au centre. Finalement, non, elle a été prévenue tard le samedi par l'association : on avait oublié de la prévenir que la mono qui allait jusqu'à Y, devait continuer jusqu'à X avec ces deux enfants. Fifille, outre qu'elle est partie à 5 heures du matin pour se taper trois trains après le trajet jusqu'à la gare en minibus sur une route de montagne qu'elle ne connaît pas, est malade, et ne rentrera à la colo que vers 22 heures après s'être tapée de nouveau la route de montagne. Alors elle me déballe tout : trois monos qui n'ont pas eu leur journée de congé mais seulement une matinée durant laquelle elles ont dû assumer la cuisine, les enfants encadrés dans des conditions hors loi surtout lors des sorties, groupe de 25 avec elle seule en ville pendant que l'autre mono allait je ne sais où, la directrice qui emmène plus de passagers que ne doit en contenir le mini-bus. De plus, elle a refusé de venir à la réunion la veille au soir car elle avait son homme qui la pelotait dans la cuisine avec vue sur le préau où était réuni le groupe d'enfants pour le bilan quotidien (enfin, alors qu'elle sortait pour aller "pisser", Fifille l'a coincée et l'a traînée par les cheveux et a réussi à la faire venir pour fixer les emplois du temps).
En mère inquiète, je hausse le ton : "en rentrant, tu exiges de voir le médecin et pour le reste de la semaine, tu refuses les missions hors loi car en cas d'accident ta responsabilité sera aussi engagée. Et tu vois avec les deux autres pour une action commune comme informer dès demain cette directrice que vous n'assurerez pas la troisième semaine dans ces conditions et que sans changement, vous partirez samedi avec les enfants." Je lui remonte le moral comme je peux, elle me prévient le soir par SMS qu'elle est bien rentrée. Puis le lundi, qu'elle a pu parler avec la directrice et qu'elle va mieux "psychologiquement" (elle sait trouver le mot qui me rassure...). Elle a vu le médecin, elle est simplement enrhumée, les enfants ne lui ont pas refilé un truc comme la grippe A...
La semaine dernière, aucune réponse à mes petits bonsoirs, bon, elle est très occupée, c'est normal. Vendredi je commence à m'inquiéter, je me fais plus insistante dans mon sms. Samedi matin, enfin un petit mot, sans fioriture : "Vive les enfants, j'ai attrapé des poux". Ça alors, c'est le pompon... Envoi de quelques conseils d'hygiène (avec une inquiétude pour son budget de jeune fille au chômage non indemnisée qui travaille de temps en temps 25 heures par semaine et fait une colo payée au lance-pierre) : un nouveau sms me rassure, la dirlo va acheter tout le nécessaire y compris pour la literie...
Appel ce matin de Grande fille, qui me prévient que notre organisation (que j'aille chercher Mia jeudi pour trois jours de vacances seule avec moi et que sa maman vienne la rejoindre lundi en ramenant Fifille de la gare TGV) risque d'être chamboulée car son grand-père paternel est en train de mourir. Donc elle devra probablement venir avec Mia avant jeudi afin d'assister aux obsèques et repartir car elle a un truc prévu samedi. Elle reviendra ensuite lundi avec sa sœur , qu'elle a eu au téléphone vendredi. Je m'enquière donc de nouvelles plus fournies que sur les sms : les trois monos ont décidé de rester, la directrice annonçant un groupe de 15. Mais finalement, l'asso a rappelé, ce sont 25 enfants qui séjourneront cette troisième semaine... J'avais vu effectivement sur le site de ce vendeur de séjours, qu'il soldait pour des départs à la dernière minute...
Surtout, que les parents d'enfants partis en colo qui me lisent ne s'inquiètent pas : même si les organisations pêchent, il y a toujours des monos qui assument, surtout quand ils n'ont aucune expérience...
INFOS de dernière minute suite à un appel de Fifille :
- compte tenu du prix des produits anti-poux, la directrice s'est contentée d'acheter, pour toute la colo, un peigne fin...
- une maman accompagnant son enfant, vu l'état du dortoir, s'est mise à pleurer. Elle ne voulait pas le laisser mais sans doute en l'absence de mode de garde, elle n'a pu faire autrement mais elle est revenue le lendemain pour lui apporter une paire de drap neuf. Aujourd'hui, elle a ameuté l'asso, la DDASS, jeunesse et sports ainsi que la mairie du lieu de séjour. Tout ce petit monde viendra faire une inspection dans la semaine, sachant que Jeunesse et sport, qui connaît parfaitement l'endroit, était déjà passée il y a deux semaines ce qui ne sert à rien puisqu'elle a simplement donné un avis défavorable pour le lieu de séjour mais n'a pas demandé la fermeture du centre... Il me semblait qu'il y avait des demandes d'agrément avant le séjour, je m'en vais vérifier la législation... En tout cas, je remercie cette maman, car ça me démangeait d'en faire autant...