dimanche 29 novembre 2009

Depardon en Languedoc-Roussillon

29 11 2009

Il y avait à Montpellier, au pavillon populaire, une exposition de photographies de Depardon. Connaissant le goût de mon Doud' pour le sujet, Fifille a pensé qu'il aimerait la découvrir et elle a fait la commentatrice, l'ayant elle-même visitée quelques jours plus tôt avec un guide.

Finalement, nous avons tous beaucoup apprécié. Les deux sujets "Errance" et "Villes" m'ont enchantée par leurs diversités et leurs couleurs, et sont venus heurtés mes sentiments d'un monde universel où chaque citoyen devrait être égal en droit... La pauvreté se dégage malheureusement de beaucoup de clichés de même que la pollution, jusqu'au fin fond des endroits les plus isolés. L'impression de joie et de beauté reste cependant bien présente partout.

Le troisième sujet est beaucoup plus "intimiste", Raymond Depardon montrant le monde rural qui a peu changé, si ce n'est en nombre d'exploitations, depuis que tout jeune, il commençait à photographier sa mère devant la ferme familiale. Les personnages qu'il a saisis dans leur intérieur rustique, je les ai reconnus comme ceux que je visitais il n'y a pas encore si longtemps. J'en ai été un peu bouleversée. Ont ressurgis un tas de souvenirs et de morceaux de vie que j'ai partagés pendant quelques heures, histoires sur lesquelles j'ai tenté de donner un cours différent, dans l'accompagnement d'une acceptation de la réalité plus souvent que dans un changement véritable. Accepter que le dernier voisin soit mort, que le fils alcoolique devenu violent doive quitter le domicile, que la maladie condamne la cuisinière à bois car l'aide-ménagère ne viendra pas l'alimenter la nuit, que le "compagnon qui n'est pas concubin" soit placé sous tutelle car ce n'est pas une vache à lait et il voudrait bien un peu d'autonomie financière... Derrière une apparence de normalité, des drames humains, au milieu de nulle part bien souvent, isolés du monde, dans des hameaux charmants l'été, un peu moins l'hiver quand la cuisinière à bois crache une fumée révélant l'absence d'entretien. Heureusement ce jour-là, la porte restait entrouverte sur la pluie tombant sur le jardin, l'animal de compagnie étant une chèvre qui me regardait tendrement de ses yeux jaunes pendant que je prenais des notes, calme, faisant de temps en temps un tour de table en claquant des sabots sur les tomettes noires de crasse. Ce genre d'histoire n'est malheureusement pas l'apanage de la campagne profonde, on les retrouve en ville, la chèvre en moins, ils prennent un aspect plus "normal" car plus près du monde...

Voilà comment un séjour en ville m'a replongée dans un passé professionnel qui me conduit aujourd'hui à penser que l'on peut tout attendre de son prochain, le meilleur comme le pire...