mar 14 oct 2008

La venue d'un enfant

14 10 2008

Descendance et filiation

Lorsqu'est née ma première fille, je ne m'étais jamais posée la question des changements que cela apporterait dans ma vie. Je voulais un bébé dans mes bras, un enfant à aimer. Mon mari était très jeune, il avait tout juste 20 ans. Il semblait cependant en capacité d'assurer cet évènement qu'il souhaitait tout comme moi.

La naissance de ma fille aînée fut une vraie fête pour nous deux, elle était belle, petite et potelée, avec déjà un sacré caractère et une curiosité qu'elle a toujours gardée.

La vie avec elle, mises à part les séances de pleurs généralement entre 15 et 17 heures, fut très joyeuse, son développement précoce nous procurait de grands moments de jeux, ou peut-être l'avons-nous tellement sollicitée qu'elle en prit une certaine avance.

De caractère affirmé, ma fille aînée devint plus difficile à partir de sa deuxième année, les crises d'opposition se succédaient sans intervalle et durèrent jusqu'à l'âge de raison… Par contre, son adolescence se déroula sans encombre.

Il y eut cependant, dans sa petite enfance, nombre de maladies et soins divers en relation avec sa "sphère ORL" occasionnant souffrances et périodes fiévreuses, qu'elle assuma toujours avec beaucoup de bravoure, moi-même en étant très certainement plus affligée qu'elle-même. Outre les complications engendrées par un enfant malade quand les deux parents occupent un emploi peu conciliables avec des absences imprévues et sans soutien de l'entourage, voir souffrir mes enfants a toujours été pour moi difficile à assumer. Je n'avais pas pensé à ça avant l'arrivée de ce premier enfant.

C'est donc cet aspect de mon expérience qui me fit longtemps repousser la prise de décision d'une deuxième naissance. Il fallut que je sois mise devant une souffrance ô combien plus grande, celle de la perte d'un être cher, pour changer d'avis, mes pensées m'entraînant à imaginer la solitude de ma fille face à ma propre mort, si je ne modifiais pas son statut d'enfant unique.

Ma deuxième fille naquit donc six ans après l'aînée. Dès le deuxième jour, elle fut l'objet d'une source d'angoisse vis-à-vis d'un éventuel handicap et lors des trois mois qui suivirent, multiplia les petits aléas de santé. Objet de beaucoup de soins, une fois tout cela remis en ordre, à partir de 4 mois, ce fut un pur délice de bébé. Si je m'en occupais d'avantage que son père car disposant de plus de temps, elle reçut une sacrée dose de câlins de la part des deux. Je me souviens notamment du plaisir que je prenais en lui donnant le biberon, même au milieu de la nuit, je la regardais en souhaitant fixer cette image de béatitude à jamais dans ma tête, j'effleurais sa joue d'un doigt.

Pourtant déjà, je traversais une période où tout était noir dans ma tête et j'étais persuadée que je ne verrais pas grandir cet enfant. Cependant, il y a toujours eu dans ma vie quelque projet pour m'empêcher de sombrer et je suis toujours là. Je cachais bien mon état, ce qui n'a pas empêché ma fille cadette de vouloir toujours m'avoir sous l'œil, et cela se traduisit par des difficultés d'endormissement. Elle ne pouvait se laisser aller dans le sommeil que si elle m'avait dans son champ de vision, comme pour continuer à me protéger malgré le lâcher-prise. En réalité, je n'ai fait cette analyse de la raison de son problème que bien plus tard, lorsque d'autres faits répétitifs m'alertèrent sur le rôle probablement inconscient qu'elle se donnait vis-à-vis de moi : son impossibilité à me lâcher le cou après le bisou du soir jusqu'à un âge avancé, son incapacité à faire un choix que ce soit par rapport à la couleur d'une robe ou au parfum d'une glace, il fallait que je choisisse pour elle, etc.

Avoir un enfant qui ne dort que lorsqu'il vous voit dormir, ce n'est pas facile. Cela signifie de l'avoir dans les pattes durant toutes les veillées où vous avez du monde et où vous souhaiteriez être un peu tranquille. C'est aussi imaginer des solutions en fonction de la configuration de votre logement. Longtemps, je me suis endormie à côté d'elle, épuisée de ma journée, en lui racontant une dernière histoire. Puis, après un déménagement, il fut possible de la faire dormir dans la pièce qui jouxtait ma chambre, orientant les deux lits de façon à ce que, porte ouverte, elle me voit. Je pouvais me coucher vers neuf heures avec un livre, elle s'endormait enfin à une heure raisonnable.

Aujourd'hui, ma petite-fille, Mia a elle-aussi des difficultés à dormir. La journée, elle ne fait plus qu'une seule sieste, qu'elle commence depuis peu avant le repas de midi… Le soir, vers 19 heures, elle s'endort sur son repas pour se relever 35 minutes après. Et là, impossible pour elle de sombrer dans le sommeil avant 23 heures voire minuit. Ce qui ne l'empêche pas de se réveiller ensuite en pleurant, souvent, et de se lever vers 7h30. Bien que la maman ne travaille pas à l'extérieur en ce moment, elle n'en peut plus. Le papa est lui aussi fatigué, il ne l'entend pas pleurer la nuit et ne comprend pas que le matin, Grande fille lui demande de se lever quand ce n'est pas son tour, ne s'étant pas aperçu qu'elle a passé une partie de sa nuit à faire le va-et-vient entre les deux chambres. Mia a mal aux dents, elle pleurniche beaucoup malgré les anti douleurs qui ne sont pas très efficaces. La journée, elle n'a pas envie que sa maman travaille un peu sur les quelques bricoles qu'elle fait à domicile. Dès qu'elle la voit devant son ordinateur, elle commence la tournée des bêtises, toucher les boutons de la télé, déballer la poubelle et les dvd, etc.

Savoir que Mia vit une douleur perpétuelle avec ses poussées dentaires, me donne envie de l'avoir dans mes bras. La bercer, chantonner pour l'égayer. Depuis qu'en plus, ma cadette a décidé de partir à l'autre bout de la France, je développe un bon syndrome du nid vide, alors que depuis 5 ans déjà, elle vit hors de ma maison pour ses études. Tous ces sentiments m'encombrent et me rendent sombre.

J'avais oublié que nous rentrions dans l'anniversaire du terrible accident qui a coûté la vie à ma mère il y a neuf ans. Avoir sa mère quand on est grand-mère, c'est pour moi dans l'ordre des choses. Ma grand-mère, âgée de 95 ans, qui avait déjà perdu une autre de ses filles un mois plut tôt, essayait de me consoler de la mort de ma mère en me caressant la main et s'inquiétait du possible décès de ma cousine atteinte d'une grave maladie. Toutes deux s'en allèrent la même année, ma grand-mère précédant de 3 mois ma cousine. Ces évènements bouleversants resserrèrent encore les liens très forts que j'avais avec mes filles.

Ma mère a souhaité être incinérée et que ses cendres soient dispersées dans la nature. Les premières années, j'ai été confrontée à une vacuité pesante en l'absence d'une tombe où me recueillir. Petit à petit, j'ai créé d'abord dans un petit coin de ma maison, puis de ma tête, un endroit où la fleurir.

7 commentaires à La venue d'un enfant

14 10 2008
Flo :

je ne sais plus où j'ai lu, mais il parait que ce sont les femmes qui font l'histoire d'une famille. dans la mienne c'est flagrant. dans la tienne tout autant...

14 10 2008
Anthom :

Je suis d'une famille où les hommes ont toujours tenu une place aussi importante que les femmes, mais il me semble que, dans la filiation parent/enfant, ce qui est formidable et dont on prend conscience lorsque l'on commence à regarder derrière soi, est le fait que chaque enfant a en lui des traits de ses parents et les enrichit de ses propres possibles. On retrouve ainsi un petit peu de soi à chaque maillon de la chaîne, c'est ainsi que se tisse un réseau de complicités que l'on peut aussi découvrir dans les cousinages...

14 10 2008
heure-bleue :

La Merveille a des problèmes de sommeil aussi, je crois qu'elle subit le stress de ses parents, lorsque je la garde avec le Bibelot, elle fait de siestes. J'ai perdu ma mère y a longtemps, elle n'avait que 65 ans !!!

14 10 2008
Guilitti :

se faire incinérer... c'est ce que voulait ma mère, suite aux pb de concessions rencontrées lors du décès de mon père. Mais... face à l'apaisement apporté par la possibilité de recueillement dvt une tombe, elle a changé d'avis, ouf... Je ne vais que rarement sur la tombe de mon père, mais quand j'en ai besoin, c'est un réel calmant ! Pour les dodos... on a mis un matelas par terre à coté du lit de Gabriel, et on l'a longtemps endormi en lui donnant la main, passant la notre à travers les barreaux : A 2ans et demi, il semble s'être rassuré, le bisou suffit , oufff !

15 10 2008
mab :

Tu traverses une période un peu sombre, Mia a mal aux dents et toi au coeur, un petit tour au jardin devrait te faire du bien.

15 10 2008
mirovinben :

Pour ma mère, l'urne a été placée dans le caveau familial. Pratique pour se recueillir, continuité des traditions.

20 10 2008
tilleul :

Quel magnifique texte! Etre grand-mère, c'est magnifique... (malgré tous les petits soucis quotidiens...)