mardi 24 juin 2008

Rage et désespoir

24 06 2008

Un homme est mort. Le lendemain, d’autres se soulèvent, mettent le feu.

Le décès du premier amène les associations qui défendent les droits des immigrés, à se rassembler autour du centre de rétention.

Ces informations sont suffisamment relayées par les médias pour que chacun fasse le lien entre la mort d’un homme dans des conditions assez confuses et le rassemblement de familles des « retenus » et d'associations autour du centre, puis le soulèvement d'autres personnes enfermées.

Que lit-on dans les journaux ?

D’après Libération : « Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, s'en est pris directement aux associations de défense des sans-papiers, les accusant d'être en partie responsables du sinistre et d'entretenir un climat de tension dans le CRA. "Il n'est pas tolérable que des collectifs, type RESF (Réseau Education Sans Frontières) viennent faire des provocations aux abords de ces centres au risque de mettre en danger des étrangers retenus", a déclaré M. Lefebvre dans un communiqué.

Donc dénoncer les conditions inhumaines appliquées aux personnes en situation déclarée irrégulière, essayer d’avoir des explications sur un décès survenu dans un endroit d’enfermement, est jugé par une partie de la classe politique comme de la provocation.

Libération ajoute : « François Fillon a affirmé aujourd'hui qu'il ne changerait rien à la politique d'immigration du gouvernement. "C'est une politique de respect des lois (...) On n'a pas à être sur le territoire national quand on n'a pas les papiers et l'autorisation pour y être", a-t-il affirmé. Le Premier ministre a rejeté toute faute du gouvernement, déclarant que "ce qui conduit à des situations explosives, c'est l'importance de l'immigration", et rien d'autre. »

C’est respecter la loi que de prononcer des arrêtés de reconduites à la frontière illégaux mais qui deviennent définitifs si la personne qui en fait l’objet n’a pas contesté dans les 48 heures ? Cette note d’Eolas ne remue les tripes que des gens de gauche ?

Partout en France, des gens intégrés, vivant en famille, avec un emploi, des papiers en règle, qui n’ont rien à voir avec l’immigration décrite par Mr Fillon, comme « importante et conduisant à des situations explosives », se retrouvent au tribunal à l’occasion d’une demande de renouvellement de leur droit de séjour, puisque les fonctionnaires des préfectures sont poussés à faire du zèle afin que Mr le Préfet ait une bonne note à la fin de l’année. Quoi faire ? Ne plus demander le renouvellement de la carte de séjour et rentrer effectivement dans l’illégalité ? Ce qui implique de vivre enfermé, sans soins médicaux… D’autres qui ont fuit la misère, la violence de leur pays, sont bousculés, enfermés, voir légalement jusqu’à 18 mois.

Cette ambiance délétère me donne l’impression de vivre dans un autre pays que le mien, où la démocratie ne serait plus qu’un vieux souvenir. Même en parler sur Internet va devenir un délit…