sam 29 mar 2008
un doigt de Porto
29 03 2008Certains soirs, pour faire mon intéressant, il m'est arrivé de monter sur une chaise, de me draper dans un torchon à carreaux et de déclamer une poignée de vers avec des accès de lyrisme proportionnels à mon taux d'alcoolémie. Il s'agissait de l'extrait suivant : « C'est pas marqué dans les livres / Le plus important à vivre / C'est de vivre au jour le jour / Le temps c'est de l'amour ».
Cette phrase que m’écrivait mon ami Jean m’a bien fait rire. Je l’imagine fort bien dans cette situation avantageuse. Le torchon à carreaux, c’est très seyant pour un homme que j’ai toujours vu tiré à quatre épingles. Quant à son taux d’alcoolémie, il devait friser 0, 05 grammes, c’est bien suffisant pour le mettre dans cet état-là, ce vieil idéaliste aigri. Aigri par les vicissitudes d’une vie qui n’a pas tenu ses promesses.
Cocasse, en plus, le texte qu’il déclamait, comme pour s’en persuader lui-même, car c’est ce qu’il conseille sans cesse à son prochain, vivre au jour le jour… Lui pourtant, jamais je ne l’ai vu ancré dans le présent, il ne cesse de poursuivre ses rêves pour un demain qui n’arrive jamais.
Et que représente pour lui « le temps c’est de l’amour » ? L’amour, jamais il n’en parle pour lui, toujours seul je l’aurai connu. Jamais il n’évoque une aventure ou une liaison. Le seul amour qu’il tente d’obtenir, sans jamais en être satisfait, c’est celui de sa famille. Etre le meilleur d’une nombreuse fratrie totalement disloquée...Dans un déni total, cette quête est pourtant devenue sa seule raison de vivre...Pour cela, voici dix ans qu’il se consacre entièrement et inlassablement à accompagner seul sa vieille mère malade.
De temps à autre, pour se divertir, il doit prendre un doigt de porto et voilà le résultat, ses vieux démons ressortent et il redevient le jeune homme insouciant qu’il a dû être.
C'est curieux, j'en connais un exemple du sieur que tu décris !
Bravo, c'est très bien écrit !
Jolis texte, tout plein d'une petite émotion nostalgique. J'aime bien
Je suis toujours émerveillée de voir comme certain(e)s savent jouer des amorces, alors que je me sens souvent si gauche!
Bravo!!
Dédoublement de personnalité... Coincé par les convenances, il échappe peut-être à un profil plus dilettante qu'il décrit d'ailleurs : Le plus important à vivre, c'est de vivre au jour le jour. Le temps c'est de l'amour... Mais qu'il n'applique pas dis-tu ! Beau texte, empreint de sentiments.
D'abord, l'alcoolémie et l'ivresse, c'est très relatif : moi-même il m'est arrivé de "partir" à l'eau claire
Assez touchant, ton personnage, en fait...
Elle a bien du talent Madame Saperli...