mercredi 19 mars 2008

Femmes libérées

19 03 2008

J’étais niaise d’imaginer qu’un jour viendrait, que je pensais proche dans les années 75-80 au sortir de mon adolescence, où la femme serait l’égale de l’homme.

Alors que je poursuivais ma propre libération, d’abord de l’emprise de mon père, puis d’un mari qui avait un beau discours après mai 68 mais me tenait en soumission par une personnalité perverse narcissique, j’ai imaginé que l’évolution générale des femmes prenait le même chemin.

Quand je suis sortie du cocon de mélasse où je me débattais, j’ai plongé dans l’investissement professionnel. Ayant toujours travaillé dans un milieu féminin bienveillant, ouvert et évolutif, je n’ai pas vu venir le danger, représenté par de lamentables fantoches s’agitant sous prétexte d’un mandat leur donnant tout pouvoir. Mon indépendance et ma détermination n’ont pas eu l’heur de plaire à ces hommes habitués aux femmes soumises, parlant bas et se pliant à leurs volontés. S’ensuivit un échec cuisant pour moi et je suis persuadée que si j’avais été un homme, mon comportement aurait paru normal et mes défauts auraient été reconnus comme des qualités.

Ne m’avouant pas vaincu et soutenue par une formation, je réitérai deux ans plus tard une candidature à un poste de cadre que j’obtins sans difficultés. Deux mois plus tard, de nouveau l’échec, pour des raisons que je ne compris pas tout de suite, avec cette fois-ci la consolation de ne pas être la seule. Les raisons avancées étaient en tous points contraires à celles de la fois précédente… J’avais à faire à des femmes et je ne compris pas ce qui se jouait à ce moment-là. Le temps m’a appris qu’après avoir été embauchée pour faire taire les syndicats, j’avais été sacrifiée pour rééquilibrer un budget mis en danger par la création de services d’apparat servant la future carrière de ma tortionnaire.

Je sais maintenant que je ne dois faire confiance à personne, les hommes sont avides de pouvoirs et ne supportent pas d’être remis en cause. Les femmes se prosternent à leurs pieds pour atteindre leurs objectifs de carrière, prêtes à tuer leurs congénères sans aucun remord.

Le pompon est venu quand je me suis rendue compte que je ne pouvais plus agir comme je l’ai toujours fait dans mon métier, avec détermination et respect de mes engagements, parce que j’étais dirigée par une personne engagée en politique à un endroit x, qui était devenue à un autre endroit y la « favorite » d’un élu, qui ne voulait pas se mettre à dos l’administration de couleur pourtant différente de la sienne. Je n’aurais jamais pensé qu’un jour, je serais bridée dans mon action par des considérations de cette sorte.

Enfin, après les dernières élections, je suis un peu consolée car la favorite a été bannie de l’équipe de x. Je n’arrive cependant pas à me réjouir du malheur de celle que l’on pourrait penser mon ennemie. Non, je la plains.

Le résultat, une carrière gâchée et une vie rendue difficile par une santé qui a bien sûr pâtit de tous ces aléas.

Mais surtout, l’horrible sensation qu’il n’y aura jamais de libération de la femme. Parce que, comme disait Honoré de Balzac, « la courtisane est une institution si elle est un besoin. »