lundi 18 février 2008

Ambiance morose généralisée

18 02 2008

Malgré le soleil, dur dur d'être de bonne humeur et de ne pas se laisser glisser vers quoi, vers quelques chose dont je ne veux pas parler ici car je sais que ça devient vite contagieux. Et que chacun à sa propre souffrance à affronter donc je ne veux pas en rajouter.

Mais enfin, je n'allais pas trop mal il y a deux semaines. Et voilà que, après m'avoir rappelé que les parvenus riches n'épousent que les jeunes femmes belles, l'imposteur me renvoie en plein milieu de la figure ce qui a constitué en partie mon caractère pessimiste : tu es en vie, ta famille n'a pas été exterminée mais qu'a-t-elle fait pour protéger les enfants juifs ? Et toi-même, tu es française, des français ont massivement participé à l'holocauste en dénonçant, ou simplement en se taisant, en ne voulant pas voir... Mais comment aurais-tu réagi si tu avais vécu ces dramatiques évènements ? Enfin des choses comme ça qui tournent dans ma tête depuis mon enfance.

Mes parents étaient de jeunes adolescents à la fin de la guerre, les traumatismes que les faits de guerre leur ont faits subir ajoutés à celui beaucoup plus grave pour eux, de l'histoire de la déportation, nous a été livré avec peu de recul, donc dans une douleur affective encore assez fraîche. Ma mère a vu revenir un oncle prisonnier de guerre, qui a survécu très peu de temps après la fin de sa captivité en Allemagne, dans un camp. Mon père a été privé de son propre père, emprisonné car Espagnol, dans un camp des Pyrénées. Il devait assumer une partie de l'alimentation de ses frères et soeurs en allant dans des fermes, ramasser tout ce que la nature peut livrer, marauder dans les vergers et les champs de patates. Malgré tout, chacun de mes deux parents a connu la faim.

Dès le plus jeune âge, j'ai été marquée par ces histoires, il n'y avait guère de jours on l'on n'en parlait pas à la maison ou dans les réunions familiales. Ma mère avait connu un petit enfant juif recueilli par une famille voisine. La tristesse qu'elle nous communiquait à ce sujet m'en a fait oublier ce qu'il est devenu. Plus tard, après la libération, elle travaillait dans la couture, milieu décimé par la shoah et elle nous racontait sans cesse l'histoire de ces familles, lesquelles avaient perdu des membres, ce qu'étaient devenus les enfants.
Vers l'âge de 5 ou 6 ans, quand mon père parlait de grève, ce mot sonnait à mon oreille comme celui de guerre, et j'étais paralysée de peur, sans pouvoir le dire, je vivais dans une apparence normale tout en étant intérieurement suffoquée.
Cette peur panique que je ressentais, je ne veux pas que ma petite-fille Mia la connaisse. Moi-même, je n'ai jamais parlé à mes filles de ces évènements, qu'elles ont appris à l'école, donc en dehors d'une emprise affective bien trop communicative et envahissante.
Même si je sais que la plupart des enseignants adapteront leurs cours, j'aimerais bien que parte une pétition. Y en a t-il une qui circule ?

J'ai été également choqué par les paroles exactes "confier la mémoire d'un enfant français victime de la Shoah à chaque élève de CM2" de cette déclaration. Des enfants juifs étrangers ont été en grand nombre déportés depuis la France, victimes eux aussi de "bons et loyaux citoyens français". Ceux-là, l’imposteur les a déjà expulsés de sa propre mémoire, probablement…

Enfin tout ça commence à bien faire. Ma première réaction a été de plonger dans plus de déprime puis de m’accrocher désespérément à mes aiguilles à tricoter pour ne pas couler (ce qui m’a permis de produire ça en 5 jours).
Cette semaine, je vais essayer de réfléchir à quoi faire pour réagir, c’est quand même pas possible de rester inerte. Je lis que les listes municipales UMP n’osent plus afficher leur étiquette !!! Vous, que faites-vous ? On fonde un nouveau parti, on se rallie à un parti, lequel et pourquoi ? Toute suggestion sera la bienvenue…