mercredi 6 février 2008
Marcher dans Paris
06 02 2008Il y a 32 ans, après avoir quitté le système scolaire et travaillé pendant trois années, j’ai repris des études qui duraient trois ans, pour obtenir un diplôme d’état. Dur, dur de se remettre aux « devoirs », pensez-vous ? Pas vraiment, car je n’en ai jamais faits réellement.
La plupart des cours étaient assez nuls et les trois quarts de la classe faisaient tout sauf écouter le prof. On se mettait au dernier rang avec une bande de copines. Contrairement à la promo nous précédant qui utilisait la « violence » en prenant par exemple l’un des enseignants en otage, notre mode de protestation contre l’enseignement inapproprié que l’on nous dispensait, était le désintéressement manifeste : tricoter ou faire du crochet en écoutant d'une oreille ou en bavardant, faire des mots croisés et fumer pendant les cours : ostensiblement, nous faisions "salon" ! Facile donc de boucler le travail à faire : apprendre des cours avec des boules Quiès pour ne pas être gênée par la voix forte de certains profs, se faire des fiches de sèches, rédiger les devoirs écrits ou rapports de stage à rendre, tout ça dans la journée. Nous n'eûmes jamais de remarques sur notre comportement. Il gênait beaucoup moins que celui plus bruyant et revendicatif des preneurs d'otages. Nous avions aussi des instants de « liberté » parce que beaucoup d’enseignants arrivaient en retard (merci, embouteillages et grèves de transports en commun…) et il n’était pas toujours facile de sortir de l’école pour aller boire un café car la directrice montait la garde, son bureau se situant juste en face du long couloir qu’il fallait obligatoirement emprunter pour gagner la rue.
Et nous avions de longues périodes de stage durant lesquelles je me suis fait suée royalement, entre les endroits où il y avait plus de stagiaires que de salariés (on se serait battu pour avoir une boîte de bandes velpo à rouler ou un biberon à donner, plutôt que d'attendre, assise sur une chaise, que le temps passe…), ceux ou la "monitrice de stage" nous laissait livrer à nous- même ou nous confiait à une autre stagiaire parce qu’elle-même, on ne la voyait jamais au bureau, d’autres où personne ne faisait rien que de discuter des journées entières (les conversations des femmes de quarante ans m’intéressaient alors moyennement, en tout cas pas suffisamment pour m’empêcher de bâiller…). Autant dire que, quand j’ai eu mon diplôme en poche, j’avais une piètre impression de la profession que j’allais exercer.
Comme beaucoup d’étudiants, je n’étais pas très riche. Profiter des avantages de Paris sur le plan culturel n’était donc pas facile.
Le meilleur souvenir de cette époque, ce sont mes marches dans Paris. J’habitais le 20ème, près de la station de métro Alexandre Dumas. J’empruntais la rue de Charonne jusqu’à la rue du Faubourg Saint-Antoine, puis la rue St Antoine m’amenait jusqu’à celle de Rivoli. Là, je continuais et je n’avais bien souvent que mes yeux pour admirer, découvrir entre autres de charmantes boutiques exotiques qui, à l’époque, n’existaient pas en province. L’architecture, bien sûr, faisait partie du charme des balades.
Au fil de mes stages, ce sont différents quartiers que j’ai découverts et appris à connaître, le canal St Martin, Montmartre et ses établissement scolaires, le parc Montsouris près de mon école et celui des Buttes-Chaumont près d’un dispensaire où l’on voulut m’envoyer visiter une ancienne prostituée dans un bar tellement louche que je me sauvai, la rue de Flandre où j’avais une cousine, la rue St Jacques que j’arpentais en plein été pour me divertir pendant un stage où, une fois de plus, je n’avais pas ma place et rien à faire, le 16ème et ses club du troisième âge.
J’étais déjà férue d’activités manuelles et au fil des passions, j’allais acheter de la soie en face du cirque d’hiver, de la laine chez un grossiste dans le 15ème, du tissu dans une boutique du marais…
Marcher dans Paris, c'est découvrir plein d'endroits nouveaux,
avoir l'impression qu'il y a toujours une nouvelle ville derrière la ville de l'instant,
s'étonner de l'évolution de la nature au printemps en passant le long d'un parc, parce que l'on revient de la campagne où les crocus sont en bouton alors qu'ici, les jonquilles sont déjà fleuries,
être surprise de la couleur que prend une façade quand elle est inondée de soleil alors qu'on l'avait toujours vue très grise sous le ciel d'hiver,
refaire toujours le même trajet pendant trois ans mais combien d'autres différents et enchanteurs.
C’est cependant avec plaisir que j’ai quitté Paris mais je ne regrette pas aujourd’hui cette période d’insouciance.
