J'habite au bout d'un village où les gens natifs du pays ne disent pas bonjour. S'ils vous aperçoivent dans votre jardin en passant et qu'ils ont quelque chose à vous dire, ils s'arrêtent et commencent directement par le sujet qu'ils souhaitent aborder ("elles sont pas bien jolies, vos tomates" ou "vot' chat, y va s'faire écraser"), comme s'ils avaient passé la moitié de la journée avec vous...
J'ai fini par m'habituer à cette particularité, le plus difficile restant avec mes voisins les plus proches, ceux d'en face.
Leur maison donne pourtant dans une autre rue, avec un beau jardin bien fleuri. Mais le coeur de leurs activités tourne autour d'un ancien garage transformé, je suppose, en arrière-cuisine. On y rentre le bois, les courses, etc., les "communs", quoi ! De plus, malgré la taille de leur "propriété", ils n'ont pas reconstruit d'autre garage et ont l'habitude de garer leurs voitures de ce côté-ci, à cheval sur leur trottoir.
C'est sur "leurs communs" que donnent les deux fenêtres de mon salon et celle de ma cuisine.
Les premières années, chaque fois que j'ouvrais mes fenêtres et qu'ils étaient occupés à une activité sur leur trottoir, je disais "bonjour Monsieur " ou "bonjour Madame". En deux ou trois ans, je n'ai jamais obtenu une seule réponse ! Vous devez vous dire que j'étais bête de continuer à les saluer.... C'est plus fort que moi, j'ai été éduquée ainsi, on dit bonjour !
Chaque fois que je veux sortir ma voiture, je suis gênée par les leurs car, si je m'arrête sous mes fenêtres le temps de fermer le portail, plus personne ne peut passer alors qu'il s'agit de la rue principale. Mes charmants voisins ont deux autres rues où ils pourraient mettre leurs véhicules, bien plus tranquilles et moins dangereuses mais non, c'est là, sous mes fenêtres.... Je rêve que l'un des nombreux camions qui rentre dans le village à toute beurzingue s'empile d'un coup leurs trois voitures....
J'ai eu une petite victoire bien innocente ce matin. Levée à une heure peu chrétienne (10h30), j'ouvre mes volets de cuisine et tombe sur un dos de Monsieur en pull-over mauve vif (très seyant), taillant les arbustes au-dessus du mur, activité qui en général est assez longue, pour preuve, ils se sont procurés une remorque... De dépit, je décide de ne pas ouvrir les volets du salon, marre de voir des gens qui font comme si je n'existais pas !
Je petit-déjeune quand soudain, j'entends le doux bruit de la pluie sur la vitre... Je regarde derrière mes rideaux : le pull violet côté face, essaye de s'abriter sous la poutre qui coiffe la porte du garage. Ah ah, y'a bon, pourvu que ça ne s'arrête pas tout de suite !
Dix minutes après, j'ai pu ouvrir mes volets en toute discrétion, ne restait plus que la remorque le long du trottoir...