mar 18 sep 2007
Se souvenir de l'expulsion des sans-papiers...(2)
18 09 2007Enfant né en 1956, j’entendais les récits de mes parents concernant leur traversée de la guerre. Quand elle éclata en 1939, ils étaient eux-mêmes très jeunes, âgés de 8 et 9 ans. Mon père avait été particulièrement mis à contribution pour assurer le ravitaillement de sa famille durant l’internement de son propre père dans un camp pyrénéen ; ce dernier se trouvait dans le midi de la France comme travailleur saisonnier à l’occasion des vendanges. Espagnol non naturalisé, il fut donc arrêté. Ma mère avait elle aussi souffert de privations alimentaires et nous donnait beaucoup de détails sur la composition des repas et les efforts de mon grand-père pour trouver des produits fermiers. Vers la fin de la guerre, elle avait également vécu, à distance de 3 ou 4 kms, l’explosion d’un train de munitions, cible d'avions anglais. Malgré les sirènes d’alerte, plus personne ne descendait à la cave, de peur de manquer les évènements pouvant survenir, en ces temps de rumeurs concernant de prochaines opérations de libération. Aussi, avec sa sœur, elles montèrent dans leur chambre pour voir par la fenêtre à quel endroit les avions " bombarderaient ". En ce 25 août 1944, l’explosion ébranla toute la ville et même au-delà ! Celle des deux sœurs qui avait atteint la fenêtre, fut projetée en arrière et la cloison s’écroula dans l’escalier ! Jeunes adolescentes à l’époque, ma tante et ma mère en gardaient plus le souvenir d’une franche rigolade que de blessures et traumatisme ! Mais il y eut des morts en ville et énormément de dégâts.
Ces histoires me remplissaient de crainte. Je me souviens, lorsque j’avais environ cinq ans, avoir entendu ma mère demander à mon père : « ça y’est, c’est la grève ? » et mon père d’acquiescer. Pour moi, grève et guerre, ça sonnait pareil. De plus, ma mère, nantie de 4 jeunes enfants, se montrait très inquiète de la durée de cette cessation d’activité et de ses conséquences sur le budget familial. Il ne m’en fallait pas plus, en l’absence d’explication sur ce terme "grève" pour déborder d’une anxiété dont je me serais bien gardée d’en avouer le motif, si un adulte s’était alors penché sur la cause de mes nombreuses somatisations.
En grandissant, l’arrivée de la télévision dans notre foyer vers ma septième année, les leçons d’histoire et les récits des missionnaires qui venaient parfois nous rendre visite au catéchisme, continuèrent d’alimenter ma crainte d’évènements catastrophiques telles que guerre, famine, révolte, etc.
Et puis, il y avait ce grand-père espagnol, venu très jeune comme travailleur saisonnier en France et qui décida à l’age de 11 ans de ne pas regagner son pays, afin d’échapper à la misère et à la faim.
Je me suis toujours imaginée, si ce genre d'évènements arrivait en France, fuire pour tenter de gagner un pays plus clément. Alors, je comprends ce qui a poussé toutes ces personnes vers notre pays et souffre avec elles de l’impossibilité qu’elles ont de vivre dignes et en sécurité, là où elles sont nées.