vendredi 3 août 2007

Devenir esprit

03 08 2007

Je ne fais rien depuis deux jours, que de regarder et écouter mes filles, tricoter, blogger, me reposer. Un peu de cuisine quand même, quelques allées et venues entre la machine à laver et le fil à linge, pas de ménage : la cuisine est sale, les chats bavant autour de leur assiette et les araignées s’en donnant à cœur joie au plafond.

D’où me vient cette fatigue, la lourdeur qui pèse sur mes membres et mon dos, la sensation de n’avoir aucune force, la douleur qui perturbe mon sommeil ?

Dans l’obscurité de ma mémoire, je discerne peu de période sans ces souffrances qui ont accompagné pour ainsi dire chaque moment de mon existence. Au début, vers l’âge de 11 ans, de simples gênes me laissant croire que je pouvais manquer de ténacité dans l’effort, voire être un peu paresseuse. La course à pied, l’aïkido à l’adolescence, pour vaincre ce penchant à appréhender les efforts physiques, m’ont procuré le plaisir d’aller au-delà de mes capacités, plaisir cependant gâché par l’inconfort de la souffrance. Ce corps gauche, douloureux, qui me valait la réputation de maladresse dans l’enfance, il y a des jours où je voudrais le laisser là, l’abandonner comme une dépouille usée, un vieux costume.

Mon plus beau rêve la nuit est de voler : comme lorsque l’on coule au fond de l’eau, taper du pied au sol me fait prendre de la hauteur et je ne sais par quel mouvement je maintiens cette légèreté, comment je m’élève de plus en plus au-dessus de la ville.

Le meilleur endroit pour moi : la mer, je me laisse flotter, les douleurs disparaissent quasiment, peu de mouvement pour me maintenir dans l’eau de préférence chaude pour que le bain puisse durer longtemps. La piscine par défaut mais je n’aime pas les eaux mortes, ni la foule ni le retentissement des cris dans une piscine couverte. Encore moins être bousculée par des enfants mal élevés qui sautent sans regarder si la place est libre ! Lâcher les objets que je tiens, ne pas pouvoir maintenir plus d’une minute ou deux une position, tomber régulièrement lorsque je me lève car les ankyloses gênent mes déplacements, choir également en marchant quand une de mes jambes oublie de se soulever avant d’avancer, me relever difficilement lorsque je m’accroupis, boiter parfois, lots de mon quotidien. Devenir un pur esprit…

Où ai-je pris la force d’avoir deux enfants, de tenir un ménage tout en travaillant, d’aider à la rénovation d’une première maison, de jardiner, de faire des conserves et confitures l’été, de fabriquer moi-même tous les chocolats et friandises de Noël, coudre les robes et tricoter les lainages de ma première fille, peindre et passer des heures à réaliser des émaux, puis de la dentelle aux fuseaux…Je sais bien qu’alors, je n’avais pas internet. Quand même… j’étais très active et je ne laissais rien voir de mes maux. Maintenant que j’ai moins de choses à faire, ils ont pris le dessus et se font tellement présents que je ne peux que les dire, laisser sortir les mots…

Je crois que durant ma vie commune avec mon ex, je me suis tellement oubliée que je paie maintenant les conséquences de cette hyper activité !