mercredi 4 juillet 2007

A vau-l'eau

04 07 2007

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De la lecture

04 07 2007

Le temps se prête à l’apathie, sous la couette, avec un bouquin ou bien, comme j’en ai l’habitude, avec le portable sur les genoux et Chat 2 contre mes jambes, parfois même à moitié sur le clavier. J’ai découvert hier que je pouvais tricoter tout en lisant, ça me donne bonne conscience, l’impression de perdre un peu moins mon temps. Quoique, pour moi qui me cherche depuis des lustres dans les histoires de vie des autres, qui en ai même fait mon métier, je tire un bénéfice certain de la lecture de blogs qui, quand ils m’accrochent, vont être dépecés de A à Z.

Avant de découvrir les blogs en mai dernier, j’avais abandonné depuis déjà 6 ou 7 ans, la lecture de romans pour ne plus m’intéresser qu’à des biographies, autobiographies, journaux intimes ou correspondances. Cette tendance déjà ancienne, datant de l’adolescence, a pris le dessus après des évènements familiaux difficiles suivis d’une décompensation dans la dépression, sous-jacente chez moi en permanence alors que je suis pourtant quelqu’un qui va toujours de l’avant, plutôt gaie avec la tête emplie de projets. Probablement un héritage familial, génétique ou environnemental, je ne sais. J’ai découvert l’intérêt de la lecture, très jeune. J’ai appris à lire sans que personne ne s’en rende compte, entre 4 et 5 ans, alors que ma mère faisait répéter la page du jour à mes deux sœurs aînées, jumelles homozygotes pour qui l’apprentissage de cette matière n’allait pas de soi. Après m’avoir donné un coloriage pour que je me tienne tranquille, elle s’asseyait en face de moi, entre les jumelles pour leur faire ânonner la leçon quotidienne. J’avais le temps et de colorier et de suivre l’apprentissage, à l’envers…Quand je suis rentrée au CP, on s’est aperçu que je lisais déjà !

Mon premier livre m’a été offert vers 7 ans, par une grand-tante C’était un ouvrage de la bibliothèque rose, « histoire d’une toute petite-fille ». Je me souviens avoir été dans un premier temps rebutée parce qu’il n’y avait pas d’images, contrairement aux albums (du Père Castor par exemple) que nous avions en commun pour la fratrie. Pour une fois, ce livre m’appartenait en propre. Je pouvais donc le prendre quand je voulais et non pas attendre que mes sœurs daignent m’autoriser à l’utiliser, comme pour ceux offerts « pour les trois ». Je ne m’en privais pas et après avoir épuisé l’observation des quelques gravures qu’il contenait, je me suis résignée à m’intéresser au texte. Et ô miracle, je plongeais dans un monde différent du mien, je pouvais m’enfuir du présent et me retrouver dans l’histoire d’une autre de mes semblables. Pour moi qui avais du mal à trouver ma place entre deux aînées un tantinet persécutrices et une quatrième fille de trois ans ma cadette, une échappatoire s’ouvrait, une brèche par où m’évader.

C’est en sixième que j’ai commencé à lire autre chose que la bibliothèque rose ou verte. Je me souviens de mon aversion pour tout ce qui était aventure et sciences fiction (Jack London et Jules Verne entre autre, auteurs que je n’ai appréciés qu’à l’âge adulte). Par contre, déjà, les « histoires vraies » me passionnaient , comme par exemple « la gloire de mon père » et « le château de ma mère » de Pagnol ainsi que « journal à quatre mains » de Flora et Benoîte Groult, ouvrages que j’ai relus à maintes reprises par la suite. Ma mère, grande lectrice elle aussi, partageait avec moi ces découvertes. J’ai passé une grande partie de ma vie à lire, pas une seule journée sans ce loisir. A l’adolescence, tout y passait, les romans photos que ma mère cachait car c’était trop osé pour des filles de notre âge (de voir simplement un homme et une femme s’embrasser !!!), les sagas familiales ou pseudo historiques que ma mère adoraient (les Pasquier, les Jalna, Angélique, et bien d'autres…). A cette époque, les livres et revues circulaient beaucoup, on se les prêtait d’un foyer à l’autre. Ensuite, nous avons habité en ville et il y avait la bibliothèque municipale, je prenais mes quatre livres par semaine et je lisais bien souvent également les quatre ouvrages empruntés par ma mère.

Une collègue que j’aimais beaucoup, partie sous d’autres cieux, atteinte elle aussi de ce virus, disait qu’elle avait l’impression d’être un peu « autiste », d’avoir en elle un monde autre que le réel qu’elle quittait avec difficultés par moment. Si comme elle, je pense que la lecture est bien un refuge, c’est aussi un moyen de se construire sa propre identité. Entrer dans la vie sans être désirée, s’entendre dire tout son enfance qu’ « encore, si ça avait été un garçon », se trouver constamment harcelée par deux aînées tyranniques et un père despotique, ça laisse des traces…Timidité, voire phobie sociale, sentiment d’inexistence lié à la non différentiation des enfants par les adultes, positionnement incertain dans la triade au gré des alliances décidées par la jumelle dominante…Heureusement, mes deux sœurs étaient « mauvaises élèves », j’ai donc pu rapidement me différencier dans ce domaine, sans mérite d’ailleurs car ce que l’on m’enseignait avait déjà été rabâché l’année précédente par les jumelles à l’heure des devoirs. (A l’époque, on disait qu’elles avaient « la tête dure », en fait tout simplement une difficulté d’attention et de mémorisation car elles devaient avoir une immaturité liée à une naissance prématurée. Mais ma mère ne lâchait pas, que d’heures elle a passé à leur faire apprendre et réviser leurs leçons !).

Puis, lorsque j’ai eu quinze ans, ma mère est « entrée en dépression » et je lui ai tenue la main pendant plusieurs années, sans aucun résultat pour elle évidemment, ce qui m’a ensuite amenée à chercher à réparer, à sublimer en exerçant un métier à l’écoute des autres.

Voilà les réflexions que m’inspire ce temps qui finalement se découvre. Le vent pousse les nuages et le soleil apparaît de temps à autre. Je vais en profiter pour inspecter les boutures en cours et en faire de nouvelles.