mer 27 juin 2007
Lettre d'un prisonnier
27 06 2007
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"Mon cher L., Quelques mots d'un exilé qui espère d'être auprès de vous d'ici peu. Vous allez bien là-bas, j'ai appris l'accident de Y., heureusement sans suite grave pour elle. J'espère que toute ta petite famille se porte bien et que vous ne souffrez pas trop. Je te charge d'être mon interprète auprès de tous les collègues et surtout faut mettre quelques bonnes bouteilles à gauche. Bons baisers à tous. M."
Hier, ayant besoin d'un rouleau de papier, je suis montée dans une pièce de ma maison qui sert de débarras. Quelques cartons non encore déballés, faute de placards, y traînent au milieu du matériel de la parfaite bricoleuse, le tout recouvert de toiles d'araignées. Ce que je cherchais ne s'y trouvait pas. Par contre, j'ai aperçu une grande boîte contenant des photos et correspondances de ma famille. Je suis donc redescendue avec cette masse de documents dans lesquels je suis plongée depuis hier soir.
J'ai notamment une correspondance adressée à mon grand-père par son meilleur ami et beau-frère, les deux copains inséparables ayant épousé deux soeurs. Ils étaient également collègues d'atelier.
La carte est une "kriegsgefangenenpost" : correspondance des prisonniers de guerre. Elle est datée du 15 août 1943. J'ignore à quelle date mon grand-oncle a été fait prisonnier, je me souviens cependant des récits de ma mère : il a d'abord été emprisonné dans sa ville, ce n'était donc pas lors de la débâcle en 1940. Employé par la municipalité, il aurait pu être "délivré" par ses camarades de travail, lors de sa captivité dans les caves d'un lycée de la localité. Par peur de représailles contre sa femme et son petit garçon, il refusa et fut déporté au camp de Krems en Autriche, dans le stalag XVII B. Ce dernier élément m'est fourni par les informations contenues au verso de la carte. Je ne sais pas non plus à quelle date il est rentré chez lui. Il vécut ensuite peu d'année, usé par les privations et mauvais traitements connus durant sa captivité. Grâce à Internet, j'ai trouvé quelques éléments sur ce camp et en particulier, un site de Francis Fournier où l'on peut lire trois numéros d'un journal édité par les prisonniers.
La lecture de certains articles, notamment sur la nécessité de rester joyeux, donne à méditer. Un extrait de cet article de l'abbé R. Galpin : "La joie est dans l'effort et affaire de volonté. Remplis bien ta vie même de prisonnier, à force de cran, donne lui toute sa perfection et tu trouveras la joie. Bien sûr tu as le droit de désirer plus de liberté que celles qu'on t'a laissée dans un carré de barbelés. Ce serait cruel de te défendre cela et je ne le veux pas, mais la joie parfaite, ça n'existe pas."